La mariée dansait avec tous. La brise de mer jouait dans les cheveux, sur les tempes, et parmi les rubans. Après avoir beaucoup tourné, quelquefois une fille tombait droit sur son séant, au milieu de ses lourdes cottes.

L’herbe verte et courte, sans un caillou, se pliait sans bruit sous les pieds pesants. Toutes ces femmes jeunes, et si larges dans leurs triples jupes, dansaient avec une furie légère. Leurs yeux brillaient; et leurs lèvres s’entr’ouvraient, humides. Leurs regards naïfs disaient un étrange goût du plaisir, une prochaine ivresse.

L’après-midi finissait dans un rêve. Un air tiède et teinté, eût-on dit, d’ardeurs en poussière, tremblait entre le ciel et la mer, pareil à la couleur de l’héliotrope. Sur toutes choses frémissait le regard enivré de la vie. Et sur la mer amoureuse, il semblait qu’en un instant fût tombée à l’infini une pluie de violettes.

On appela d’en bas les paysans, qui dansaient. Ils ne se décidaient pas à partir. Les uns firent encore un tour, et descendirent la colline déjà sombre. Une femme, à dessein, roula sur le sol, riant et rougissant de faire voir ses jambes, qu’elle avait voulu montrer. Toute parole avait un écho plus long. Le rire tintait comme sa propre plainte... Tous semblaient se taire plus volontiers: là-haut, sans s’en douter, quelques couples rêvaient; et peut-être ils regardaient le jour qui s’en va lentement, en tenant un doigt sur sa bouche.

Le soleil avait disparu. Toute la mer n’était plus qu’un champ de trèfle incarnat et de glycines fauchées, où traînaient des rubans d’or. Le biniou s’arrêta de sonner sur une note longue, aiguë et grêle. Ils ne riaient plus, et gardaient un silence visionnaire. Ils s’en furent lentement, comme le crépuscule s’étendait large et sûr. Et ils semblaient descendre le talus vert, à l’herbe déjà noire, poussés par l’ombre...

LVI
COMBAT DES DIEUX

Le 9 juillet.

Tout le jour avait été d’une douceur alanguie, et d’une clarté presque pesante. Les yeux étaient fatigués de voir; et les objets frappaient les regards avec la même violence endormie que les coups sourds de la fièvre. La mer violette sommeillait, reine lasse, voluptueuse au repos dans un lit d’or fin, brodé de lents sourires.

Soudain, il y eut un souffle amer, un coup de vent bas et terrible. Il vint du large, comme une faux rapide; et la lumière tomba, comme la fleur tranchée du jour. Puis, le coup de faux, s’allongeant, passa plus brusque que l’éclair, au delà des bois. Et tout se tut. Mais la blonde clarté parut vieillie; et le pressentiment se répandit sur la contrée d’une heure dangereuse et d’une issue mortelle.

Le vent de la faux ne se levait pourtant plus. Et la mer semblait dormir encore, d’un sommeil moins heureux, où entrait le cauchemar, d’un vol perfide... C’est alors, enfin, que le faucheur parut.