I
—Restez ce soir avec moi, dit-il à ses Bretons; je ne me sens pas bien... Entrez... Otez vos bonnets... Vous me conterez des histoires.
Ils s’informèrent de sa santé avec une sollicitude polie, et cette déférence libre qui leur est propre.
Qu’avait-il? Était-il malade? On pourrait avoir le médecin: Guillaume allait demain à la ville...
Il les rassura:
—Non. Je ne suis pas malade comme vous croyez. J’ai mes idées noires; et je préfère, ce soir, ne pas être seul: car je ne dormirai pas.
Ils s’assirent tous trois près du feu. Il leur fit servir du thé chaud et du rhum. Ils burent avec plaisir, aucun d’eux n’étant du reste grand buveur; et ils ne revinrent pas à la bouteille plus d’une fois. Quand ils eurent du tabac, ils bourrèrent leurs pipes, et, s’étant installés, ces rudes hommes soupirèrent d’aise. Ils étaient contents; mais ne le dirent pas.
—Je gage, monsieur André, fit le vieux Crozon, que vous voulez me mettre sur le chapitre des revenants...
—Une bonne nuit pour eux, dit Yawen, clignant de l’œil, selon son tic. Il fait noir comme dans un four; et nous sommes encore dans la semaine des morts...
Ils se lamentèrent un peu sur le temps: il pleuvait trop, et le vent ne cessait pas depuis plusieurs jours. Cependant, il était tombé avec l’ondée du soir. Maintenant, la nuit était d’un calme sinistre. D’immenses nuages couvraient le ciel, dont rien ne séparait les ténèbres de la terre noire, comme si le couvercle était scellé sur la marmite. Point de brume, toutefois: le cri ne se faisait pas entendre de la sirène de Penmarc’h.