Le pépiniériste la trouvait curieuse, en effet, et attachante au plus haut point... Le récit de l'aide-jardinier lui découvrait des horizons insoupçonnés et lui suggérait des idées tout à fait neuves; mais il n'en fit rien paraître. Il affecta, au contraire, l'indifférence et dit, en secouant la tête:

—Je pense que c'est grave, père Brincard, et que vous vous êtes exposé à de gros risques, en ne révélant pas à Simon Fontenac l'existence de la cachette.

—Allons donc! se récria Brincard en vidant son verre, pourquoi voulez-vous que je fasse plaisir à un grincheux, qui m'a jeté à la porte sous prétexte que j'étais un fainéant et que je ne gagnais pas le pain que je mangeais?... Malheur! Est-ce qu'il sait seulement ce que c'est que de gagner son pain, ce méchant empailleur d'oiseaux?... Non, non, je ne dirai rien. Je ne suis pas payé pour lui rendre service!

—A votre aise, ça vous regarde! répliqua Gerdolle en se levant; mais, pour votre gouverne, je vous conseille alors de continuer à rester bouche cousue, car maintenant, si vous parliez, Fontenac pourrait vous accuser de l'avoir lésé et vous faire des misères... Quant à ce qui me concerne, votre histoire n'a rien à démêler avec ma plainte au sujet du cours d'eau... Fontenac a-t-il un titre, oui ou non?... Puis-je compter sur votre témoignage au cas d'une enquête? Voilà ce qui m'intéresse... Réfléchissez-y, père Brincard, et, si vous avez du nouveau, venez me trouver... En attendant, tenez, voilà une pièce de cent sous pour votre temps perdu... Retournez à votre besogne et, surtout, gardez votre langue dans votre poche!

Quand son ouvrier se fut éloigné, le pépiniériste demeura longtemps en méditation. Il se grattait complaisamment la barbe et poussait, parfois, de sourdes interjections.

—Allons, allons, se pourpensait-il, l'affaire prend une tournure nouvelle... J'ai eu raison de faire causer cet imbécile, et je ne regrette ni mes deux bouteilles de vin vieux ni ma pièce de cent sous!...

IX

SIMON Fontenac avait tenu ferme.—Après s'être abouché avec le proviseur du lycée Lakanal et avec la supérieure des Dames de la Croix, il signifiait aux deux «geais» que, le 3 octobre, ils entreraient comme pensionnaires, Landry à Lakanal, et Clairette au couvent d'Antony. Il déclarait en outre à cette dernière que, pour prévenir le retour de fréquentations fâcheuses et pour couper le mal à la racine, elle ne quitterait sa pension qu'aux grandes vacances. Donc, le jour de la rentrée, les enfants furent impitoyablement conduits à leur nouveau gîte: Fontenac escorta le Traquet à Sceaux, afin de le recommander tout particulièrement au prône; Clairette fut confiée à Monique, qui pleura bruyamment à l'heure de la séparation et revint à Chanteraine le cœur gros.