—Pourquoi ne m'appelez-vous pas Clairette tout court, comme autrefois? demanda la jeune fille, en tortillant dans ses doigts un brin de paille.
—Je n'osais pas... de peur d'être rabroué, comme une fois, quand vous me parliez du haut de votre mur.
—Dans ce temps-là, nous nous connaissions à peine... Mais, maintenant que nous sommes devenus de bons amis, je vous le permets... Alors, mes lettres vous font plaisir?
—Elles sont ma seule joie... Avez-vous lu Bérénice, de Racine?
—Non; on ne nous tolère, au couvent, qu'Athalie et Esther.
—Dans Bérénice, il y a deux vers que je me répète toujours en pensant à vous:
Depuis cinq ans entiers chaque jour je la vois,
Et crois toujours la voir pour la première fois...
Eh bien! avec une légère variante, il en est de même de vos lettres: depuis six mois, je les lis et crois toujours les lire pour la première fois...
—Comment, interrompit Clairette, contente et inquiète, vous ne les avez donc pas déchirées?... Je vous l'avais pourtant bien recommandé!
—Je n'en ai pas eu le courage... Mais, ne craignez rien, personne ne les lira que moi... Elles sont enfermées en lieu sûr et à l'abri des curieux.