—Allons, Fanchette, dit une voix d'homme, laisse donc entrer mademoiselle dans la cour…. J'irai voir si elle peut monter là-haut.
En même temps le vieux garde Pitois ouvrit la porte toute grande et fit passer Gertrude, malgré les protestations de Fanchette. Les deux domestiques s'acheminèrent vers la porte du vestibule, en discutant aigrement. Gertrude les suivait toute décontenancée et regardait machinalement la cour solitaire avec sa ceinture de hauts bâtiments aux volets clos, son puits à la margelle usée et sa pelouse ovale bordée de buis, où un grand houx dressait son feuillage sombre et piquant, emblème de la maussaderie des hôtes du logis….
—Je vous dis que M. Renaudin ne la recevra pas! marmonnait Fanchette.
—Encore faut-il s'en assurer, grommelait Pitois.
—Allez-y donc, vieil entêté! s'écria-t-elle poussée à bout.
Ils étaient arrivés dans le vestibule, en face d'un escalier de pierre qui conduisait à la chambre de M. Renaudin.
—Eh bien! Fanchette, dit une voix perçante et plaintive, que signifie ce vacarme?…
En même temps l'oncle Renaudin parut sur les marches supérieures de l'escalier. Il était enveloppé dans une longue redingote râpée, ses doigts maigres s'appuyaient à la rampe de fer, son corps était courbé comme la lame d'une serpe et sa tête surplombait, montrant un crâne couronné de cheveux blancs, un long nez pointu et des yeux gris qui dardaient un regard méfiant.
—Que me veut-on? répéta-t-il d'un ton bref, en apercevant une figure étrangère.
—C'est votre nièce, monsieur, dit Pitois.