—Je ne veux voir personne, murmura le vieillard d'un ton bourru.
—Mon oncle, commença Gertrude en s'avançant, je venais vous faire mes adieux… En même temps elle le regardait avec ses beaux yeux mouillés de larmes.
Le son clair de cette voix sympathique sembla frapper le vieillard. Il s'arrêta, dévisagea silencieusement sa nièce, puis, comme si quelque chose avait enfin tressailli au dedans de lui, sa figure prit une expression moins rébarbative.
—Tes adieux? reprit-il, tu quittes donc la maison du verrier?
—Je vais à B…, répondit Gertrude.
—A B…! s'écria M. Renaudin.—Les muscles de sa face parcheminée se détendirent et le nom de cette ville parut agir mystérieusement sur son esprit.—Pitois, cria-t-il, laisse-la monter.
—Attrape! dit le garde triomphant, et il fit la nique à Fanchette qui s'éloigna d'un air grognon.
Quand Gertrude fut sur le palier: «Attends un moment, petite!» murmura son oncle. Il se traîna dans sa chambre où la jeune fille l'entendit clore à double tour les portes des armoires et les tiroirs d'un secrétaire. «Tu peux venir maintenant!» lui cria-t-il.
La pièce où elle entrait était entièrement lambrissée de chêne. Au fond, un grand lit carré à baldaquin de perse faisait face à la porte. De hautes fenêtres garnies de rideaux jaunis donnaient sur la vallée et les bois. M. Renaudin était assis dans son fauteuil de façon à avoir le secrétaire à portée de la main.—Viens te chauffer, dit-il à Gertrude en lui montrant une chaise près de la cheminée où deux pauvres tisons se mouraient dans un monceau de cendres. Il attisa un moment le brasier, puis fixant de nouveau ses yeux perçants sur la jeune fille:
—Dis-moi, reprit-il, que vas-tu faire à B…?