—C'est aujourd'hui que doit arriver la nouvelle ouvrière, dit-elle à sa sœur; puis, s'appuyant sur son aune comme sur une canne:—J'espère, Mesdemoiselles, que vous n'allez pas prendre vos grands airs, et que vous vous montrerez bonnes et serviables… Où la caserons-nous, Hortense?

—Je crois, répondit l'aînée, qu'on pourrait lui faire une petite place à côté d'Héloïse, près de la fenêtre…

La grande Héloïse releva vivement la tête:

—Près de ma fenêtre, fit-elle d'un air piqué, et pourquoi donc pas à la table ronde? Cette demoiselle est une apprentie, après tout!…

—Nous devons des égards à sa famille, reprit tranquillement mademoiselle Hortense.

—Oui, elle est noble! répliqua Héloïse en pinçant dédaigneusement les lèvres. Puis, après un moment de réflexion, elle ajouta:—C'est drôle tout de même qu'une demoiselle dans sa position soit obligée de travailler pour vivre…

—Elle est orpheline, dit mademoiselle Hortense, et sa situation n'en est que plus intéressante…

—N'importe, poursuivit obstinément Héloïse on ne m'ôtera pas de l'idée qu'il y a là-dessous quelque chose de louche!…

—Héloïse, s'écria sévèrement mademoiselle Célénie, pas de jugements téméraires, s'il vous plaît!… Cette jeune fille m'est recommandée et je n'entends pas qu'on fasse courir de sottes histoires sur son compte.

—Je crois que la voici, dit mademoiselle Hortense qui venait de jeter un coup d'œil dans la rue.