—Elle est morte!… reprit-il d'un air sombre; mais l'enfant, sa fille, existe encore. Elle a grandi, elle vit à B… dans la misère, et c'est sur toi que je compte pour la secourir.
—Oh! mon oncle, parlez, je suis prête à tout faire pour vous!
—Bien! Jure-moi d'abord de me garder le secret le plus absolu, et d'exécuter les choses telles que je te les dirai.
—Je vous le promets, mon oncle!
—Bien!… Tu repartiras demain, avant le jour, avec Pitois. Sitôt arrivée à B…, tu te rendras dans la maison indiquée sur l'adresse que voici. Il tira un papier de dessous son oreiller et le tendit à Gertrude.—C'est dans cette maison que demeure la fille de la morte… Elle est misérable… Tu lui remettras de l'argent, mais tu ne lui diras jamais de quelle part il vient… Tu comprends que si je me nommais, je serais à la merci de ces gens-là. Femme, enfants, mari, j'aurais toute la maisonnée sur les bras… Non, je veux faire du bien sans être connu… Et puis, si la famille de ta tante venait à savoir cette aventure, elle en ferait des gorges chaudes… Non, non, pas de mon vivant!… Après, on verra… Tu agiras prudemment, discrètement, n'est-ce pas, ma mie Gertrude?
—Oui, mon oncle.
—Je compte sur ta parole… Une parole, c'est sacré, petite!
De sa main tremblante il prit une clef sous le traversin et la donna à sa nièce.
—Ouvre le secrétaire et apporte-moi le premier tiroir à gauche!
Elle obéit, et revint avec le tiroir plein de pièces d'or. L'avare le vida avec précaution sur ses draps; puis ses yeux brillèrent, et il passa ses mains amoureusement à travers les louis. Gertrude le regardait ébahie: elle n'avait jamais tant vu de pièces d'or en toute sa vie. M. Renaudin les compta deux fois; puis, prenant trois rouleaux d'or, et geignant profondément, il les déposa dans un petit sac qu'il remit à Gertrude.