VIII

L'atelier était dans un état de sourde effervescence. La veille au soir, Héloïse, après avoir porté un chapeau à une pratique, était rentrée avec un air de consternation tragique où perçait néanmoins une certain pointe de satisfaction. Elle s'était assise bruyamment et avait repris son ouvrage en poussant de gros soupirs.

—Qu'y a-t-il donc, Héloïse? demanda mademoiselle Hortense, qui savait les façons de son ouvrière et à qui cette mise en scène n'avait pas échappé.

—Ah! soupira de nouveau celle-ci, on a bien raison de dire que les apparences sont trompeuses… Les fruits qui ont meilleure mine sont les plus véreux, et il faut manger un boisseau de sel avec les gens avant de les connaître…

Intriguées par ce préambule, toutes les ouvrières avaient relevé la tête et regardaient Héloïse.

—Quant à moi, continua-t-elle, on conviendra au moins que je n'y ai pas été prise et que je me suis tenue sur mes gardes.

Mademoiselle Célénie agita nerveusement son aune, et de sa voix la plus virile:

—Héloïse, s'écria-t-elle impatientée, vous avez une manière de dire les choses qui me fait bouillir le sang… Où voulez-vous en venir avec vos proverbes?

—Pardon, Mademoiselle, laissez-moi un peu respirer… Je suis encore ahurie de ce que j'ai vu.

—Vu, quoi?… reprit mademoiselle Célénie.