Elle se mit à rire.
—Si mon oncle avait fait la folie de déshériter sa sœur, je te jure que je n'accepterais rien, plutôt que de priver ma tante de sa part légitime… Ainsi, rassure-toi, orgueilleux gentilhomme! ta dignité ne sera pas humiliée.
—Je dois, dit Xavier en lui tendant la main, m'absenter pendant une quinzaine pour aller poser des panneaux dans un château de la vallée de la Meuse; je serai de retour de dimanche en quinze et j'irai te voir… D'ici là, pense à moi!
—Et toi, travaille bien!… Mon petit bouquet te parlera de moi… Il te donnera courage et patience.
En même temps, et par un de ces gestes enfantins qui lui étaient familiers, elle prit le verre où trempait le bouquet et posa un baiser sur les fleurettes; puis s'enveloppant dans sa mante, elle s'enfuit légèrement et disparut.
Elle s'en revint d'un pas lent à l'Abbatiale, tandis que Xavier, émerveillé et transporté de joie, prenait à son tour le bouquet d'hépatiques et meurtrissait les fleurs en les pressant sur ses lèvres…
Dès le lendemain, Gertrude, dont les forces étaient revenues, commença de s'installer à l'Abbatiale. Les scellés venaient d'être levés et l'inventaire était clos; elle put arranger à son gré la chambre qu'elle avait choisie. C'était une pièce assez gaie, située au midi, et dont l'unique fenêtre s'ouvrait sur le jardin et les bois. Elle y fit transporter quelques meubles, mit des rideaux à la fenêtre, des fleurs dans les vases, sur la cheminée le coffret de Xavier, et finit par donner un air de gaieté à cette partie de la vieille maison. Cet arrangement lui prit huit jours. Elle songeait déjà au dimanche où elle devait revoir Xavier, quand un incident nouveau vint bouleverser la tranquillité de sa vie. Un matin, tandis qu'elle était occupée à coudre, Fanchette monta précipitamment dans sa chambre et lui annonça d'une mine effarouchée qu'une femme la demandait en bas.
—Ne peut-elle monter? dit Gertrude.
—C'est moi qui l'en ai empêchée, elle a avec elle un enfant qui braille comme un petit sauvage.
—Un enfant!