—Qu'importe? répondit l'oncle Obligitte, M. Gérard nous convient.

—Convient-il également à ma cousine? répliqua Véronique; puisqu'il s'agit de son avenir, je pense qu'elle doit être consultée la première.

Madame Obligitte se récria.—Ces choses-là se traitaient toujours entre les parents; eux seuls étaient bons juges en si grave matière. Adeline, d'ailleurs, avait été élevée dans des principes d'obéissance chrétienne, et accepterait avec reconnaissance le mari choisi par sa mère.

—Et saura-t-elle aussi accepter la souffrance, si elle s'aperçoit plus tard qu'elle n'aime pas son mari?

—Ma chère Véronique, dit M. Obligitte qui était un petit homme rond et positif, l'essentiel est que toutes les convenances se trouvent réunies… Le mariage n'est pas un roman.

—Est-ce un marché?

—Non, sans doute, répondit-il… Mais M. La Faucherie est un charmant garçon… Il ne peut déplaire à Adeline, et c'est là l'important… L'amour vient ensuite.

—Et s'il ne vient jamais, dit Véronique avec vivacité, si vous liez deux êtres qui se font mutuellement souffrir et ne peuvent plus se quitter?

—Quelle imagination, dit madame Obligitte et comme vous voyez les choses en noir!… M. Gérard est trop bien élevé pour faire un mauvais mari, et je répondrais de lui… D'ailleurs, ma pauvre enfant,—et elle poussa un long soupir—nous devons tous porter patiemment nos croix, le bonheur parfait n'est pas de ce monde, et le mariage amène avec lui de petites misères qu'il faut savoir subir avec résignation.

Véronique secoua la tête. Il y eut un moment de silence.—Voyons, reprit M. Obligitte, nous nous éloignons de la question… Il s'agit de répondre à la démarche de madame La Faucherie!