— Madame, murmura-t-il, vous m’avez traité jusqu’à présent avec trop d’indulgence pour que vous vous refusiez aujourd’hui à m’expliquer la cause de votre brusque sévérité… Je vous supplie de me répondre franchement : avouez qu’on vous a excitée contre moi.

Elle rougit de nouveau.

— Eh bien ! oui, répliqua-t-elle, je n’ai pas l’habitude de garder les choses que j’ai sur le cœur, et j’aime mieux vous les dire… Oui, on trouve que vos visites à la Mancienne sont trop fréquentes. On m’a fait sentir que j’avais tort de vous recevoir aussi intimement, et que, dans ma position, votre présence ici était compromettante… Pour ma part, je n’y avais vu aucun inconvénient, et je vous rends cette justice que vous n’avez jamais donné le moindre prétexte à de pareilles accusations… Mais vous savez ce que c’est qu’un village, et combien l’opinion publique y est malveillante.

— Oui, dit Francis amèrement, je m’imagine qu’on n’a pas dû être tendre à mon égard… Mais à vous, madame, que peut-on reprocher ?

— On me reproche de vous avoir ouvert ma porte trop facilement… Oh ! croyez bien, monsieur, continua-t-elle en joignant les mains et en levant vers lui ses yeux humides, croyez bien qu’il m’est pénible de vous répéter de pareilles choses et que je regrette profondément ce qui arrive !

— Adieu, madame, répondit-il froidement en prenant son chapeau ; il ne me reste plus qu’à vous demander pardon des ennuis que je vous ai causés et à vous remercier des bontés que vous avez eues pour un étranger…

Il accompagna ces paroles d’un long regard attristé.

— Adieu ! fit-il encore en s’inclinant et en se dirigeant lentement vers la porte.

Elle songea qu’il s’en allait froissé et humilié, qu’il ne reviendrait plus à la Mancienne, que tout serait fini entre eux… Son cœur se serra, et, l’amour triomphant de sa prudence, elle le rappela :

— Monsieur Pommeret, s’exclama-t-elle, je ne veux pas que nous nous quittions fâchés… Ne partez pas ainsi !