Elle écoutait, les yeux fermés, ces mots d’amour dont les syllabes caressantes coulaient comme un philtre dans ses oreilles, vierges encore d’une pareille musique. Elle se laissait bercer et endormir par cette tendre litanie, et ses lèvres, devenues lourdes, ne s’ouvraient que pour murmurer, comme dans un rêve, de vaines et craintives supplications.

— Prenez garde !… Relevez-vous, je vous en prie… Si l’on venait !

Il n’y avait dans ces protestations rien qui fût de nature à refroidir l’élan de Francis ; au contraire, il y trouvait presque une autorisation tacite à pousser plus avant. Maintenant il couvrait de baisers les mains qu’il tenait toujours prisonnières et il répétait :

— Je n’ai jamais aimé que vous !

— Ne vous moquez pas de moi ! murmura-t-elle en se réveillant à demi, soyez raisonnable… ne restez pas à genoux !

Il se releva en effet, mais ce fut pour s’asseoir tout contre Mme Lebreton, et, à un mouvement effarouché qu’elle fit, il la prit dans ses bras. Elle fut si abasourdie de cette nouvelle hardiesse qu’elle se défendit à peine. Elle avait refermé les yeux, et derrière ses paupières closes, elle entrevoyait, comme dans un lointain confus, la boiserie sombre du confessionnal, elle entendait vaguement la voix du curé irrité lui disant : — Ce jeune homme vous aime ! — Et c’était bien vrai, il l’aimait, et il était là qui le lui chuchotait tout bas contre l’oreille.

— Ah ! balbutia-t-elle, c’est mal ! c’est mal !… Pourquoi vous ai-je connu ?

— Laissez-moi ! ajouta-t-elle avec un long frémissement de tout le corps et en s’arrachant à l’étreinte du garde-général.

Au moment où elle se débattait et reprenait possession d’elle-même, on frappa discrètement deux coups à la porte du petit salon. Francis s’était instinctivement reculé, et Mme Lebreton s’était levée…

— Entrez ! dit-elle d’une voix sourde.