— Excusez-moi, il y a des choses que ma bouche ne doit pas répéter.

— Vous pouvez les répéter, dit-elle d’un ton hautain, puisque je consens à les entendre.

— On ne se cache que pour mal faire, ajouta le prêtre sévèrement.

— Pourquoi me cacherais-je ?… Ne suis-je pas veuve et libre de ma personne ?

— On n’est jamais libre de braver l’opinion publique… Savez-vous ce que crient tout haut nos paysans ? « Quand on est riche, on se croit tout permis ! » Voilà ce qu’ils disent, et si, par politique ou par intérêt, certaines personnes persistent à vous faire bon visage, croyez bien qu’elles se dédommagent lorsqu’elles sont hors de votre présence…

— Pardon ! les bonnes âmes qui s’occupent de moi, et vous-même, monsieur le curé, vous oubliez une chose : c’est que je suis veuve, je vous le répète, et que je puis avoir le désir légitime de changer de condition… Depuis quand considère-t-on comme un scandale de voir une veuve encore jeune songer à un second mariage ?

La bouche du prêtre se plissa et un sourire sardonique erra sur ses lèvres.

— Ah ! dit-il, du moment que vous croyez à des intentions de mariage de la part de M. Pommeret !…

— Et quelles intentions voulez-vous donc qu’ait un homme loyal et bien élevé à l’égard d’une femme qu’il aime ? s’écria Mme Lebreton devenant cramoisie.

— Me préserve le ciel de porter un jugement téméraire ! soupira le curé en secouant la tête, mais j’ai une médiocre confiance dans les intentions des jeunes gens sans principes.