— Pourquoi ravagez-vous cet arbre et donnez-vous ainsi le mauvais exemple aux polissons du village ? demanda sévèrement Francis à la délinquante.

— Ça ne vous regarde pas !… Passez votre chemin ! répondit-elle avec un ton d’enfant mal élevée ; — puis, tout en lui jetant cette réponse impertinente, ayant dévisagé son interlocuteur et ayant constaté sans doute à sa mise et à sa bonne mine qu’elle n’avait pas affaire au premier venu, elle ajouta en manière d’explication : — Cela m’amuse… J’ai bien le droit de m’amuser, je suppose !

— Ce n’est pas un amusement convenable pour une fille de votre âge… D’ailleurs, cet arbre n’est pas à vous, et vous commettez des dégâts qui sont punis d’une amende.

— Bah ! s’il y a une amende, ma mère la paiera !

— Qui ça, votre mère ?

— Mme Lebreton, la propriétaire de la Mancienne… Vous la connaissez sans doute, si vous êtes du pays ?

Francis ne put retenir un mouvement de désagréable surprise. C’était donc là cette fille adoptive, cette Sauvageonne trop bien nommée !… Elle lui faisait l’effet d’une petite personne passablement excentrique et indépendante. L’occasion était bonne de connaître le caractère de cette étrange belle-fille qui était destinée à vivre dans son intérieur conjugal, et il résolut de pousser plus avant son interrogatoire, sans trahir son incognito.

— Je ne suis pas d’ici, répliqua-t-il brièvement, puis il continua d’un air indifférent :

— Ah ! vous êtes la fille de Mme Lebreton ?… Je croyais qu’elle n’avait pas d’enfants.

— Je suis sa fille adoptive, répondit-elle avec impatience… Après ?