— Je lui en fais mon compliment ! murmura ironiquement Francis ; y a-t-il longtemps que vous habitez Auberive ?

— J’y suis revenue hier soir.

— Vous sortez du couvent, je présume ?

— A quoi voyez-vous cela ?

— A votre goût pour le grand air et les pommes vertes… et puis à votre tournure.

— J’ai donc bien la mine d’une pensionnaire ! s’écria-t-elle dépitée. — Elle surprit les yeux de son interlocuteur fixés sur ses bas, dont l’un était troué ; elle rougit, puis mettant un genou sur la fourche du pommier, d’un souple mouvement des reins elle se dressa sur ses pieds et se maintint debout en accrochant son bras à l’une des branches supérieures. De l’autre main elle défripait sa jupe et tâchait de prendre un air décent.

Planté au pied de l’arbre, Francis, maintenant, la voyait tout entière : elle était élancée, svelte, et assez gracieuse dans ses mouvements de chat sauvage.

— Quel âge me donnez-vous ? reprit-elle en se tenant raide sur son perchoir.

— Mais celui que vous avez… quinze ans à peu près.

— J’en ai dix-sept ! fit-elle en se redressant.