— On n’a pas trouvé choquant que vous épousiez une femme plus âgée que vous ?… car je suis vieille, mon ami, et il me semble que cette quinzaine m’a encore vieillie.

En même temps elle le regardait droit dans les yeux, souhaitant et redoutant à la fois de deviner ce qu’il pensait intérieurement de cet aveu hasardé avec une arrière-pensée de coquetterie… Pour fuir ce regard trop chercheur, Francis prit la tête d’Adrienne et lui baisa les cheveux. — Je vous aime ! dit-il, et je vous trouve charmante.

— Et, reprit-elle en se débarrassant lentement de cette embrassade amoureuse, leur avez-vous avoué que non-seulement j’étais une vieille femme, mais que je vous apportais en dot une grande fille ?… Et quelle fille !… Au fait, vous allez la voir : elle est arrivée d’hier et je crois qu’elle est là-haut… Je vais vous l’amener.

Elle s’élança vers l’antichambre et appela : — Denise ! — Au sommet de l’escalier, une voix aigrelette répondit : — Me voici ! — Et Francis entendit la jeune fille qui dévalait comme un tourbillon du haut des marches.

Il tournait le dos à la porte et regardait le jardin, tout en écoutant, dans le vestibule, les propos échangés entre Mme Lebreton et sa fille adoptive :

— Comme te voilà fagotée !… Tu as donc couru dans les ronces pour mettre ta robe dans cet état ?… Viens que j’arrange un peu tes cheveux ; tu as l’air d’un chat fâché… Je vais te présenter à un monsieur qui sera dans quelques jours mon mari… Tâche d’être convenable !

Pommeret crut comprendre que l’indocile créature regimbait silencieusement à cette présentation, car Mme Adrienne répétait avec une nuance d’humeur :

— C’est bon ! c’est bon !… Allons, viens ! ne fais pas la sotte !

Elle finit par pousser dans le petit salon la rebelle Denise, qui s’avançait en rechignant.

— Voici ma Sauvageonne, reprit Adrienne en entraînant la jeune fille vers Francis, toujours debout contre la porte-fenêtre. — Denise, donne la main à M. Pommeret, qui sera, lui aussi, ton père adoptif.