— Ayant épousé votre mère adoptive, je me considère comme responsable de vos actions, et j’ai le droit de couper court à des familiarités déplacées.

— Quand je suis familière avec vous, cela vous ennuie ; quand je le suis avec d’autres, cela vous vexe… Vous n’êtes jamais content !… Je ne puis pourtant pas vivre comme un hérisson, et j’ai besoin d’avoir des amis, moi !

— Votre mère vous aime ; il me semble que c’est suffisant.

— Ma mère n’aime que vous et ne voit que par vos yeux… Cela peut vous sembler suffisant… A moi, non !

Elle hochait la tête, croisait les bras et poussait violemment du pied les feuilles sèches qui craquaient.

— Enfin vous n’êtes plus une petite fille, reprit Francis ; vous avez dix-sept ans passés, et, à votre âge, une jeune personne ne doit pas donner des poignées de main à un garçon de vingt ans, fût-il sabotier.

— Tiens ! fit-elle en éclatant de rire et en lui lançant un regard oblique ; vous ne me prenez plus pour une pensionnaire sans conséquence ?… C’est déjà quelque chose… Croyez-vous par hasard que je veuille faire de Zacharie mon bon ami ?

— Je ne crois rien ; mais tant que vous serez sous ma garde, je n’entends pas que vous couriez les bois seule et que vous fréquentiez ces gens-là.

— Un mot de plus et je retourne avec eux ! s’écria-t-elle d’un ton de défi, en hasardant quelques pas en arrière.

— Je vous le défends ! grommela-t-il les dents serrées. — Et, la saisissant violemment par le bras, il cherchait à l’entraîner.