— Ah ! c’est ainsi ! s’exclama-t-elle, rageuse, en se rebiffant ; eh bien ! nous verrons qui aura le dernier.
Elle lui opposait une résistance sérieuse, et il fut obligé de lui empoigner les deux bras pour paralyser ses efforts. Ils luttèrent un moment silencieusement ; elle, se débattant avec une énergie enragée ; lui, redoublant la force de son étreinte. Il était agité de sentiments très complexes, où il y avait de l’animosité, de l’irritation et, en même temps, une émotion nouvelle, moitié pénible et moitié plaisante : un confus chatouillement des nerfs et des sens, qui le surexcitait et lui faisait perdre tout sang-froid. A la fin, comprenant qu’elle ne serait pas la plus forte, la jeune fille, de plus en plus furibonde, se précipita tête baissée sur les bras virils noués aux siens et mordit à belles dents l’une des mains de son adversaire.
La douleur arracha un juron à Pommeret, et il lâcha vivement Denise. Elle l’avait mordu au sang. Tout à coup elle aperçut cette chair saignante et pâlit. Ses grands yeux devinrent humides. D’un bond, elle se précipita de nouveau sur lui et, cette fois, ses lèvres baisèrent la plaie où les traces de ses incisives étaient marquées par des gouttelettes vermeilles.
— Pardon ! murmura-t-elle d’une voix suppliante, je vous ai fait du mal ; pardon !
En même temps, avec son mouchoir, elle tamponnait la main qu’elle avait mordue.
Francis sentait dans sa gorge sèche une sorte d’étranglement, et il détournait les yeux.
— Ce n’est rien, répondit-il en retirant sa main ; rentrons !
— Pas avant que vous m’ayez dit que vous ne m’en voulez pas !
— Remettez-vous… Je ne vous en veux pas.
— Eh bien ! pour me le prouver, embrassez-moi !