— Elle n’a pas mine de vouloir cesser de si tôt, hasarda-t-il en lorgnant toujours le bouton de la porte.
— Cela ne fait rien, fume ici… Je t’en prie !
Francis, mis au pied du mur, laissa retomber la portière et prit un cigare. En même temps, une grimace d’impatience et un haussement d’épaules manifestaient son agacement. Il se croyait abrité par les rideaux du lit, qui formaient comme un écran entre lui et sa femme, mais il avait compté sans une glace posée juste en face du fauteuil d’Adrienne. Le miroir refléta fidèlement l’expression irritée des regards, le mouvement à la fois furibond et résigné des épaules soulevées et retombantes. Mme Pommeret vit tout cela comme à la lueur d’un éclair et tressaillit.
— Francis, dit-elle, vous ne m’aimez plus !
Il était en train d’allumer son cigare ; il se retourna, rougit légèrement et regarda sa femme en essayant de sourire.
— Quelle plaisanterie ! Moi, je ne t’aime plus ?… A quoi vois-tu cela ?
— A tout… Si je ne me plains pas, croyez-vous que je ne m’aperçoive pas de vos façons d’être avec moi ?… J’observe, je réfléchis, et mes réflexions ne sont pas gaies, je vous assure.
Il paraissait fort déconcerté de la tournure que prenait la conversation, et tirait coup sur coup des bouffées de fumée, comme pour masquer derrière ce nuage sa mine embarrassée et inquiète.
— En vérité, murmura-t-il, c’est une mauvaise querelle que tu me cherches ! Quels griefs as-tu contre moi ? Que me reproches-tu ?
— Rien… Du moment où vous vous trouvez irréprochable, je n’ai rien à vous dire… Seulement je me souviens, je compare, et la comparaison d’aujourd’hui avec autrefois n’est pas à votre avantage.