Elle étouffait et s’était adossée à un arbre, en proie à une sorte de crise nerveuse.

Francis, très effrayé de la voir en cet état, ne savait plus que faire pour la calmer, quand soudain une idée aussi imprudente que peu généreuse lui vint à l’esprit… Elle l’aimait, il s’en doutait depuis longtemps ; pourquoi ne se servirait-il pas, pour l’apaiser, de cette naïve passion dont il avait deviné la vivacité croissante tout en affectant de la décourager ?… Il fixa de nouveau sur Denise ses yeux caressants et attendris, et se penchant vers elle :

— Pardon ! lui chuchota-t-il presque dans l’oreille, pardonnez-moi, chère enfant adorée !

Ces simples mots d’amour opérèrent sur Denise comme un charme. D’un bond farouche, elle s’élança vers Francis, lui jeta les bras autour du cou et cacha dans la poitrine du jeune homme sa tête humide, sa bouche pleine de sanglots passionnés.

IV

Un mois s’était passé depuis l’aventure du Creux d’Aujon. Dans la pièce qui servait de fumoir et de cabinet de travail, Denise et Francis s’entretenaient à voix basse après le dîner. L’ombre des soirées d’août, déjà plus courtes, emplissait la chambre d’une obscurité qui ne permettait plus de distinguer les traits des deux interlocuteurs. On ne voyait que les formes confuses de leurs silhouettes. Celle de Denise, qui arpentait le fumoir dans sa longueur, tantôt s’enfonçait dans le noir et tantôt se dessinait sur le clair de la fenêtre. La jeune fille marchait les bras croisés, la tête penchée, et le bruit sourd de son pas résonnait seul dans le silence de la maison endormie.

— Oui, c’est demain à trois heures qu’elle revient, murmura Francis en jetant son cigare et en se renfonçant dans un coin du divan.

— Demain ! répéta Denise comme un écho douloureux, déjà demain !… O Francis, que faire ? que devenir ?

— Nous resterons ici… Pierre ira seul à Langres avec la voiture : il dira que nous sommes en pleine moisson et que nous n’avons pu quitter Rouelles.

— Ce sera reculer pour mieux sauter, reprit-elle en haussant les épaules… Il faudra toujours la voir, lui parler et l’embrasser à l’arrivée… Je m’imaginais que ce retour ne viendrait jamais, et c’est demain… Non, je ne pourrai plus la regarder en face !