— Ma pauvre Denise, commença Francis avec embarras, combien j’ai été coupable et comme je me reproche !…
Elle l’interrompit brusquement, courut à lui et, lui posant les mains sur les épaules, tandis que ses yeux brillants cherchaient dans l’ombre ceux de Pommeret :
— M’aimes-tu ? lui dit-elle avec un accent passionné.
— Peux-tu me le demander ?
— M’aimes-tu plus que tout au monde… comme je t’aime, moi… comme je t’ai aimé depuis le premier jour, là-bas, à Auberive, sous le pommier ?… Ce jour-là, je me suis de cœur donnée à toi ; je te l’ai déjà dit et je te le répète pour que tu comprennes bien que je ne t’ai pas aimé par caprice ou par surprise… Vois-tu ! il n’y avait ni convenances, ni mère adoptive, ni rien qui pouvait m’empêcher de t’appartenir. Je ne suis pas d’une nature à raisonner, à faire la part de ceci et de cela… Je me donne tout entière… M’aimes-tu de la même façon ?
— Mais… certainement, répondit-il, tandis qu’intérieurement il s’effrayait déjà de l’exaltation de la jeune fille.
— Eh bien ! continua-t-elle en lui serrant les bras dans ses mains, sauvons-nous !… Partons demain au petit jour !
Il tressauta, interdit :
— Hein ! fit-il… Voyons, ma chère enfant, sois plus calme et tâche de voir les choses avec plus de sang-froid.
— Je les vois comme elles sont… Nous tremblons déjà rien qu’à l’idée de ce retour… Ce sera bien pis quand elle sera ici entre nous deux… Non, vois-tu, partons !… Après tout, elle n’est que ma mère adoptive, et quant à toi, elle n’est plus ta femme, puisque tu es à moi.