— Je ne vous demande pas de protestations, interrompit-elle, je n’y crois plus.
— Vous avez tort… Je vous aime toujours, bien que je vous aie donné le droit de douter de ma sincérité… Quant à ce départ prochain, je n’ai pu l’empêcher ; si je m’y étais opposé, j’aurais confirmé des soupçons qui commencent à naître dans l’esprit de qui vous savez. Pour notre sécurité à tous deux, ce départ est nécessaire.
— Il est impossible ! répliqua-t-elle d’une voix sourde.
— Impossible ?… Ne vouliez-vous pas vous-même vous éloigner ?
— Oui, je l’ai désiré et je le désire encore, mais je ne puis pas aller dans cette pension.
— Je ne m’explique pas bien pourquoi.
— Pourquoi ? répéta-t-elle ; ah ! c’est dur à dire… surtout maintenant que vous ne m’aimez plus… Et pourtant il le faut ! il le faut ! s’exclama-t-elle avec un accent déchirant.
Francis comprenait de moins en moins ; il devenait nerveux, et se demandait si l’exaltation de Denise ne frisait pas un peu l’égarement.
— Je ne peux pas retourner en pension dans l’état où je suis, reprit-elle en baissant les yeux… Comprenez-vous maintenant ?
Il y eut un moment de profond silence. Pommeret sentait un frisson lui courir par tout le corps, et la crainte qui venait de l’empoigner le mettait dans l’impossibilité d’articuler une seule parole. Mais si pénible que fût son angoisse, elle n’était pas comparable à la souffrance qu’éprouvait la malheureuse femme cachée derrière la tapisserie. Chaque mot de cette conversation était pour elle un coup de poignard creusant une inguérissable blessure. Elle avait été obligée de se cramponner au mur afin de se maintenir debout. Elle étouffait et se raidissait contre la douleur. Ses oreilles bourdonnaient, il lui semblait ouïr un glas sonnant le désastre de tout ce qui lui était cher. Quand elle revint à elle et reprit un peu de sang-froid, elle entendit Denise qui continuait à parler d’une voix brève et saccadée :