Assise près de la fenêtre, Sauvageonne tenait l’enfant dans ses bras et le berçait lentement en lui murmurant un lambeau de chanson paysanne qui l’avait jadis endormie elle-même au fond des bois, dans sa petite enfance. Elle s’interrompait parfois pour effleurer d’un baiser le nouveau-né, puis elle reprenait d’une voix plus tendre le refrain endormeur :

Derrière chez nous l’y a un étang ;

— Levez les pieds légèrement. —

Les canards blancs s’y vont baignant

— Levez les pieds, bergère, bergère,

Levez les pieds légèrement…

Tout à coup, à la vue de sa mère adoptive, elle s’arrêta comme pétrifiée. Mme Adrienne marcha droit vers elle :

— Pourquoi es-tu ici ? Je t’avais défendu de toucher à cet enfant !

— Personne ne me voyait, répondit Denise avec un accent presque suppliant.

— Je ne veux pas de cela, entends-tu !… Je ne veux pas !