Le Comte, obéissant.—Vous avez tant d'ascendant sur moi… qu'il faut bien en passer par ce que vous voulez. Allons, madame, qu'il n'en soit plus parlé.

Célestine, avec espièglerie.—Oui dà! Cela est fort aisé à dire. Je ne prends pas, moi, la chose aussi indifféremment. J'avais fait une conquête; on m'avait juré les plus belles choses du monde; il faut que mon compte se trouve à tout ceci. Je déclare donc que je m'empare de monsieur (du Chevalier)… sauf à le restituer à qui il appartiendra lorsque je croirai m'être suffisamment vengée.

Madame Durut.—La matoise! tout en riant, elle le fera comme elle le dit, ou le diable m'emporte! Oh! je la connais! Mais pensons enfin au solide; il faut dîner; qu'en pensez-vous, mes enfants?

La Duchesse.—Je meurs d'appétit.

Madame Durut.—Eh bien! allons. Nos jeunes braves videront leur querelle à table, et se battront à l'aise le verre à la main. (Elle prend au Comte une main; à Alphonse:) La vôtre? approchez. (Le Chevalier approche. Elle réunit leurs mains.) La paix, au nom du plaisir!

Le Comte.—De tout mon cœur. (Ils s'embrassent.)

Madame Durut.—Je ne demande pas à madame la Duchesse si elle trouve bon que nous ne nous séparions pas. Si sa conversion est sincère…

La Duchesse, interrompant.—Très sincère, je te jure, ma chère Durut. Il faut que Célestine et toi soyez des nôtres; je l'aurais exigé si tu ne m'avais pas prévenue…

Madame Durut.—C'est parler, cela. Allons, je commence à espérer qu'enfin on pourra faire quelque chose de vous. (Mme Durut s'en va.)

Peu d'instant après, un des jockeys, qu'on connaît déjà, vient annoncer qu'on a servi et conduit les convives à une pièce délicieuse. Elle représente un bosquet dont le feuillage, peint de main de maître, se recourbe en coupole jusque vers une ouverture ménagée en haut et d'où vient le jour, à travers une toile légèrement azurée qui complète l'illusion. On voit, sur le fond transparent, les extrémités des feuilles et quelques jets élancés se découper avec une vérité frappante. Tout autour de la pièce, aux troncs des arbres régulièrement espacés, on voit attachée une draperie blanche bordée de crépines d'or, qui est censée cacher tous les intervalles au-dessous du feuillage. Le bas est une balustrade du meilleur style, peinte en marbre blanc et qui paraît se détacher. Le tapis est un gazon factice parfaitement imité. A peine s'est-on réuni dans cet agréable lieu qu'il y survient le dîner le plus sensuel.