Le Duchesse, le Comte, le Chevalier, Célestine et Mme Durut sont à table et mangent.
Madame Durut.—Vous ne paraissez pas penser à me remercier, cependant vous avez l'étrenne de cette jolie salle, qui n'est achevée que depuis quelques jours, et où je n'ai permis à qui ce soit d'entrer tandis qu'on y travaillait.
Le Chevalier.—On ne pouvait penser rien de plus agréable, et l'exécution en est parfaite.
Le Comte.—L'architecte a un peu écouté aux portes. Je connais la pareille salle, je dis absolument pareille, chez le marquis de[91]…
[91] Le Comte a raison. Cette salle existe en original chez une dame fort célèbre, que les deux sexes déchirent également, les femmes, par hypocrisie, car elles ont son amour et lui prodiguent le leur, les hommes par un sot amour-propre, car près d'elle ils sont rarement heureux. Mais qui peut juger sans passion cette Sapho moderne ne peut s'empêcher de l'admirer et de l'aimer, et s'étonne de lui voir concilier de la manière la plus naturelle les goûts et les habitudes de la femme à la fois la plus légère et la plus frivole et la plus essentielle, la plus capricieuse en fait de plaisir, et la plus invariable en fait de sentiments. (N.)
Madame Durut, interrompant.—Je connais, je connais! assurément vous pouvez connaître. Une chose n'a-t-elle donc de prix qu'autant qu'elle soit unique? A boire! je passe ma vie à entendre d'insoutenables gens comparer, épiloguer, au lieu de jouir…
Célestine, interrompant.—Et ma bouillante sœur se fâcher au lieu de manger! cela ne revient-il pas au même?
La Duchesse.—Célestine a raison, et je suis enchantée, Durut, qu'elle vous ait prise sur le fait. Savez-vous que vous devenez d'une humeur…
Madame Durut, avec surprise.—Et vous aussi? A votre tour, messieurs, grondez-moi. J'ai donc de l'humeur? Eh bien! il faut la noyer dans le bourgogne. (Elle s'en fait donner une bouteille et se verse une rasade.) A vos santés…
Le Comte.—. J'aime mieux cela que de la morale.