Du Sage et du Héros offre ici le modèle,

Dans ce marbre animé par un ciseau fidèle

Nous voyons Ptolémée, Auguste avec Titus.

Le chevalier de Nerciat.

Avec l'approbation du marquis de Luchet, ce quatrain et la signature furent gravés sur une plaque dorée que l'on plaça sous le buste du Landgrave.

Strieder dit à propos de Nerciat: «Comme il a en qualité de Bibliothécaire beaucoup plus travaillé avec les pieds qu'avec la tête et les mains, il n'a pas fait beaucoup de bévues à réparer». Ce qui signifie sans doute que Nerciat se remuait beaucoup et ne faisait rien. Au demeurant, il inscrivit dans le Catalogum Historiæ litterariæ une indication: Friedr. Geo. August Loberthan. Versuch einer systematischen Entwickelung der gantzen Lehr von der Gerichtsbarkeits, der weltlichen sowohl als der kirchlichen, Halle 1775, 8o relié neuf. Son travail se borna là. A partir de cette époque Nerciat commence à devenir mécontent de son engagement, et un peu jaloux de son supérieur avec lequel il eût volontiers partagé la surintendance des spectacles.

Luchet et le Landgrave tenaient pour la musique française, le marquis de Trestondam était glückiste et Nerciat n'aimait que la musique italienne. De là, des propos aigres-doux entre Nerciat et Trestondam. Celui-ci parvint à évincer le chevalier, et lorsqu'on nomma un sous-intendant de la musique, Trestondam obtint ce poste que le marquis de Luchet avait promis à Nerciat. Le chevalier manifesta son mécontentement, mais le marquis de Luchet, qui commençait à le trouver encombrant et trop exigeant, était assez fin pour le tenir à l'occasion dans les limites de la subordination, selon son engagement. Nerciat était hésitant: devait-il rester à Cassel comme employé à la Bibliothèque, ainsi qu'il disait, et attendre que le bon plaisir du landgrave ou plutôt celui de Luchet l'appelât à un poste plus en rapport avec ses goûts, ou devait-il chercher du service auprès d'un autre prince allemand?

C'est à cette époque que parut dans la Gothaer gel. Zeitung un article qui selon Strieder rendit célèbre en Allemagne le marquis de Luchet et la bibliothèque de Cassel. Au Musæum, dans les catalogues, les erreurs se multipliaient et Strieder se gardait bien de les redresser. Nul doute que ce soit lui qui ait rédigé l'article paru dans la feuille de Gotha. L'exploit érostratique qui avait bouleversé une vieille bibliothèque allemande était sévèrement jugé:

«J'ai encore vu la Bibliothèque de Cassel dans l'ordre où elle était primitivement. Tout y était bien. On pensa l'améliorer en y changeant tout et l'on présenta au Landgrave un plan sur lequel il paraîtrait qu'est arrangée en France, une bibliothèque qui m'est d'ailleurs inconnue.

Le prince trouva le plan si bien exposé qu'il y donna son consentement en ajoutant une somme suffisante à l'achèvement d'un nouveau catalogue qui était devenu nécessaire. Aussitôt, on fit relier luxueusement en 20 volumes un grand nombre de rames de papier et on y fit inscrire les livres d'après l'ordre dans lequel on les avait mis. Les copistes chargés d'indiquer au catalogue, brièvement et clairement, les titres des ouvrages, n'avaient pas la moindre des connaissances nécessaires. Chaque volume du catalogue comporte encore des divisions par format et on y laisse des blancs en vue de l'accroissement de la Bibliothèque.

Cependant, les livres dont elle est déjà pourvue sont inscrits à la suite les uns des autres, de telle façon qu'il ne serait pas possible d'y intercaler un volume à la place qui conviendrait, mais il faut porter à la suite toute nouvelle acquisition. D'après les renseignements que je vous donne sur le classement, vous pourrez raisonnablement juger que ce défaut dans ce catalogue a de graves inconvénients.

Par exemple, à l'Histoire naturelle on trouve, et non pas, comme on pourrait le croire, reliés ensemble, les livres suivants: Milii diss. de origine animalium, Genevæ 1705, et La vie du Père Paul de l'ordre des Serviteurs de la Vierge, etc., Amsterdam, 1663, in-12. A la Généalogie et la Diplomatique on trouve côte à côte: Constitution, hist., lois, charges, etc., acceptées des Francs-Maçons, trad. de l'Anglais par J. Kuessen à la Haye, 1763, 4o et Idea de el Buon Pastor por Numez de Cepada en Léon 1682 4o. Une histoire orientale est perdue parmi les livres relatifs à la Hollande. Les Ambassadeurs par Wiquefort et les Droits des gens par Vattel se trouvent dans les Sciences Economiques. Le Médecin du Cheval (Rossartz) par Winter a été rangé parmi les ouvrages sur l'Art. A peine le croirait-on! Les cartouches et les pupitres, sur lesquels sont marquées les différentes classes indiquées par des lettres, donnent aussi la preuve des connaissances qui ont présidé à cette installation. J'ai copié quelques-unes de ces indications. Historia Europæana, Historia Exeuropæana, Litteræ Diarii, Theologia Sermon…»

C'était l'époque où Schlœzer était dans tout l'éclat de sa renommée. August Ludwig Schlœzer né à Jaggdstad dans le Wurtemberg le 5 juillet 1738, mourut le 9 septembre 1809. Il s'immortalisa en liant l'Histoire aux Sciences Politiques. Il professa à Saint-Pétersbourg et ensuite à Gœttingue: On a dit de lui qu'il avait mis la science en contact avec la vie, qu'il avait été un journaliste d'avant les journaux, un voyageur d'avant les voyages, un historien de la civilisation avant l'existence d'une opposition politique. Il fonda les Staatsanzeigen.