En 1781, il faisait paraître le Briefwechsel. Il y releva l'histoire de la Gothaer gel. Zeitung sous le titre de Bibliothèque de Cassel:
«Cassel, depuis longtemps l'ornement de toute notre patrie allemande, progressera encore d'année en année grâce à la sollicitude de son Altesse. La bibliothèque fameuse depuis le temps d'Arkenholz s'est sans cesse accrue et compte 40.000 volumes. Elle est une des plus importantes de l'Allemagne. Elle est conservée dans un édifice qui manifeste un faste princier. Le choix des nouvelles acquisitions témoigne des grandes connaissances du Prince. Mais dans le Gothaer gel. Zeitung du 20 janvier 1781, il y a des nouvelles étonnantes au sujet de l'agencement intérieur de cette Bibliothèque, ce qui naturellement est l'affaire de MM. les Bibliothécaires… [Ici Schlœzer cite les bévues mentionnées par la feuille de Gotha].
«On ressent quelque chose de pénible à apprendre tout cela et à penser que le Prince protège les Arts et les Sciences et paye très cher ses serviteurs. Il est tout à l'honneur de M. le Conseiller Schminke, que peu satisfait de pareilles installations, il ait abandonné la direction de la Bibliothèque.
«Voilà des nouvelles incroyables, mais elles sont imprimées dans la Gothaïschen Gelerten Zeitung qui notoirement est lue loin à la ronde. On demande patriotiquement: 1o, au cas où ces informations ne seraient pas vraies, une prompte rectification, afin que la calomnie ne se répande pas et ne passe pas la frontière allemande, ou 2o, au cas où tout cela serait vrai, on exige les noms de ces messieurs qui ont proposé et exécuté les dits nouveaux agencements. Car ce serait toujours consolant pour nous autres Allemands, si comme la légende en court, ce n'étaient pas des Allemands, mais des étrangers ignorants [ou manquant d'érudition: ungelehrt] ceux qui ont provoqué des plaisanteries publiques sur une capitale allemande qui possède, tout le monde le sait, un grand nombre d'Allemands érudits, auprès desquels ces étrangers pourraient apprendre à décliner et plus encore.»
La Goth. gel. Zeitung répliqua aussitôt:
M. le professeur Schlœzer a publié avec quelques commentaires dans le cahier 44 de son Briefwechsel quelques passages relatifs à l'agencement et arrangement intérieur de la Bibliothèque du Landgrave à Cassel. Il se pose, en quelque sorte, en juge et avec un souci patriotique de l'honneur des Allemands il exige: 1o qu'au cas où ces informations ne seraient pas vraies, etc… [Le rédacteur de Gotha cite ici l'article de Schlœzer].
Le premier point est pour l'auteur de la lettre le plus intéressant et l'amène à certifier qu'il n'a pas forgé ces informations d'après les récits d'un tiers, mais les a tirés à la source même. Quelques heures qu'il passa dans la Bibliothèque, il les employa seulement à se faire une idée de l'arrangement auquel il entendait quelque chose. Il nota ensuite dans une société assez nombreuse, tout ce qui avait trait à la Bibliothèque. On peut présumer que M. le professeur Schlœzer a lui-même une connaissance assez précise de cet arrangement de la Bibliothèque et qu'il a quelque idée des auteurs, car pour ce qui concerne ceux-ci, il se réfère à un bruit qui court, que ce ne sont pas des Allemands, mais des étrangers ignorants qui doivent porter le poids des moindres bévues commises non seulement dans l'agencement, mais aussi dans les inscriptions que l'on a laissé mettre sur les cartouches de la Bibliothèque. La lettre suivante qui nous a été envoyée par un des bibliothécaires pour être rendue publique est une preuve que nous ne disons rien qui soit ignoré. C'eût été l'occasion d'un démenti que nous n'aurions pas supprimé. Aucune syllabe de cette lettre ne réfute les informations que nous avons données. Elle répond aussi, pour ceux qui connaissent le personnel de la Bibliothèque de Cassel, à la 2e question de M. le professeur Schlœzer: que sont ces messieurs qui ont proposé et exécuté ces nouveaux agencements? Pour ce qui est de l'exécution, l'auteur de la lettre[24] suivante s'y reconnaît expressément:
[24] En français.
«La manière dont Vous Vous êtes expliqué dans une de vos feuilles au sujet de la Bibliothèque de Cassel a mis le rédacteur du journal littéraire de Gœttingue dans le cas de commettre une injustice que Vous voudrez bien sans doute réparer. Il qualifie collectivement d'ignorants étrangers les Bibliothécaires de Cassel, comme si deux ou plusieurs étrangers ignorants étaient les auteurs solidaires des bévues que Vous aviez indiquées, et que relève la correspondance de Gœttingue avec des réflexions peu flatteuses pour les étrangers assimilés.
«Deux Français à la vérité sont rattachés à la Bibliothèque de Cassel, mais l'un est un chef, une espèce de Primat des Sciences, lettres et Arts. Ce chef a seul imaginé la distribution actuelle; divisé les matières; placé les livres, et composé les légendes latines qui indiquent leur arrangement. Tout cela était conçu avant que l'autre Français eût mis le pied dans le nouveau Musée, où il n'a accepté une place très surbordonnée qu'afin de ne pas manquer une occasion précieuse de s'attacher à un Prince éclairé, bienfaisant, qui à cette époque n'avait pas besoin du nouvel étranger pour les choses auxquelles celui-ci pouvait être propre.
«Je suis ce Français et je vous proteste, Monsieur, qu'employé à la Bibliothèque de façon à ne pas partager la gloire de mon Supérieur s'il en avait acquis, je ne veux pas plus partager ses disgrâces. Bien ou mal, j'ai fait avec une muette subordination, mais avec toute la diligence possible, ce qu'on m'a commandé.
«Si Vous aviez su ces particularités, Monsieur, Vous m'auriez sans doute mis à part dans Vos remarques et le journaliste de Gœttingue qui Vous a copié m'aurait aussi tiré du pair. Vous êtes trop équitable, Monsieur, pour ne pas faire usage pour ma justification de la lettre que j'ai l'honneur de Vous écrire, et à laquelle je Vous prie de donner place dans Vos feuilles. J'ai l'honneur d'être, etc…
Le Chev. de Nerciat
à Cassel
le 6 mars 1781.»
L'article de la Goth. gelerte Zeitung et la lettre de Nerciat n'étaient pas tendres pour Luchet. Quelques jours auparavant, le 22 février, le chevalier avait adressé à Schlœzer la lettre[25] que voici:
[25] En français.
«Monsieur,
«Un article du 44e cahier de Votre journal de cette année copiant mot à mot un article de celui de Gotha contre certaines bévues commises dans le nouvel arrangement de la Bibliothèque de Cassel finit par une tirade très patriotique où, traitant d'ignorants les sujets auxquels Monseigneur le Landgrave a confié les livres de Son Muséum, Vous témoignez le désir de connaître ces Etrangers, apparemment pour leur faire le procès comme criminels de Lèse littérature.
«Eh bien, Monsieur! Je suis l'un des coupables, que vous citez à votre tribunal, je n'attends pas qu'on me dénonce, et j'ose vous présenter ma courte justification que je me flatte de voir bientôt insérée dans vos feuilles, ne doutant pas plus de votre équité, que d'une franchise dont votre diatribe me fournit la preuve la moins équivoque.
«Celui qui a l'honneur de Vous écrire, Monsieur, est très persuadé que, pour être un Bibliothécaire passable, il faut avoir passé une partie de sa vie parmi les livres, et s'être fait du moins une routine qui dans une Bibliothèque peut tenir lieu de savoir, ce qu'il serait possible de prouver, mais une simple lettre ne doit pas être le cadre d'une discussion.
«Celui donc qui vous écrit, Monsieur, français à la vérité, sans que ce soit un préjugé contre son état d'homme de lettres, militaire pendant 20 ans, sous-bibliothécaire par hasard et sans vocation, sans prétentions dans une partie pour laquelle il ne s'était pas offert, le chevalier de Nerciat enfin, pourrait n'avoir pas les qualités nécessaires à un Bibliothécaire, sans être pour cela dans le cas de recevoir avec docilité la qualification d'ignare que vous avez la bonté de lui décerner. Avant sa métamorphose imprévue, il avait produit quelques ouvrages d'imagination en vers et en prose, ses pièces et sa musique avaient avantageusement occupé quelques théâtres. Comme non omnia possumus omnes, ce qu'il cite lui suffit pour réclamer contre le titre qu'il obtient sur parole dans Votre Journal. Si vous voulez bien considérer outre cela, Monsieur, qu'un sous-bibliothécaire qui se trouve sans trop savoir comment sous la discipline d'un Supérieur, se borne à l'exécution servile de ce que ce Supérieur prescrit, vous conviendrez que vos coups ne devraient point frapper l'innocent instrument des erreurs émanées de l'autorité; c'est ce dont auraient dû vous prévenir les zélés qui vous ont si minutieusement détaillé les bévues de la Bibliothèque. Cette distinction aurait été d'autant plus juste que, selon les dispositions du nouvel établissement, la gloire et l'utilité du succès devant retourner en entier au Supérieur, sans que le subalterne y eût aucune part, celui-ci peut renoncer au bénéfice des satires et vous prier, Monsieur, de mettre désormais au singulier certaines épithètes, s'il vous plaît d'honorer encore de votre attention les sujets inégaux que Mgr le landgrave emploie au service de sa Bibliothèque. J'ai l'honneur d'être avec un très humble respect, Monsieur,
Votre affectionné Serviteur
le chevalier de Nerciat.»
Immédiatement, le professeur Schlœzer envoya la lettre[26] suivante au susceptible Sous-Bibliothécaire: