Jusqu'au licenciement, Nerciat avait mené une vie assez mondaine et probablement assez dissipée, fréquentant aussi bien les mauvais lieux que certains salons où l'on devait apprécier ses talents de musicien et de poète compositeur de musique. Il allait chez le marquis de La Roche du Maine, ce Luchet dont les ouvrages avaient eu du succès, et dont la femme avait reçu une nombreuse compagnie jusqu'au jour où ils avaient dû partir ruinés par des mines dont s'occupait le marquis et déconsidérés à la suite des farces énormes des mystificateurs qui avaient pris le salon de la marquise pour théâtre de leurs exploits.
Nerciat avait dû pénétrer dans ce milieu brillant et bruyant, présenté par un de ses aînés, Jean-Louis Barbot de Luchet, chevalier de Saint-Louis, qui faisait partie des gendarmes de la garde depuis le 20 octobre 1745 et y demeura jusqu'à la réforme. Selon toute vraisemblance, c'était un parent du marquis. Nerciat devait retrouver plus tard ce dernier.
C'était une époque où l'amour était à la mode. Nous n'en avons plus idée aujourd'hui où l'on a tant parlé d'amour libre.
L'amour, l'amour physique apparaissait partout. Les philosophes, les savants, les gens de lettres, tous les hommes, toutes les femmes s'en souciaient. Il n'était pas comme maintenant une statue de petit dieu nu et malade à l'arc débandé, un honteux objet de curiosité, un sujet d'observations médicales et rétrospectives. Il volait librement dans les parcs ombreux où le dieu des jardins prenait ses aises.
Andrea de Nerciat aima l'amour et il en étudia passionnément le physique, pénétrant les mystères des sociétés d'amour, et les secrets de cette maçonnerie galante qui, sans savoir toujours qu'elle répandait en même temps le goût de la liberté, propageait le culte de la chair en Europe.
Nerciat menait une vie voluptueuse et sobre. Quoique né à Dijon, il boit peu de vin. Ce contraste entre son goût et ses origines est si frappant qu'il le trouve digne d'être chanté et ce Bourguignon s'excuse auprès de Bacchus[5]:
Dieu que Jupin fit jaillir de sa cuisse,
Je te dois hommage féal,
Et pourrais, étant ton vassal
Près de toi trouver du service…