Mais un désir invincible de savoir où conduisait cette porte, arrête ses pas, et il retourne pour l’ouvrir. La porte était bien fermée; et comme il essayait de la forcer, il entendit soudain du bruit au-dessus de sa tête: il pensa que les gens de la justice étaient peut-être déjà venus, et il quitta les cellules avec précipitation, dans le dessein d’écouter à la porte de la trappe.
«Là, dit-il, je pourrai entendre, sans risque, et recueillir peut-être quelque chose de ce qui se passe. On ne reconnaîtra pas mes compagnons, ou du moins on ne leur fera pas de mal; quant à leur inquiétude sur mon compte, il faut qu’ils apprennent à la supporter.»
Tels étaient les raisonnemens de La Motte. Il faut l’avouer, ils décelaient plutôt la prudence de l’égoïsme, qu’une tendre sollicitude pour son épouse. Cependant il était revenu au bas de l’escalier, lorsqu’en levant les yeux il aperçoit qu’il avait laissé la trappe ouverte; il montait vite pour la fermer, il entend des pas qui s’avancent à travers les chambres d’en haut. Avant qu’il pût redescendre assez pour se cacher entièrement, il regarda encore au-dessus, et aperçut, par l’ouverture, le visage d’un homme qui avait les yeux sur lui. «Notre maître! s’écria Pierre.» La Motte fut un peu rassuré au son de cette voix, mais il ne laissa pas que d’être fâché de l’épouvante qu’on lui avait causée.
«—Que voulez-vous? qu’avez-vous à faire ici?»
«—Rien, monsieur; je n’ai rien à faire, si ce n’est seulement que ma maîtresse m’envoie chercher monsieur.»
«—Il n’y a donc personne ici, dit La Motte en posant son pied sur le degré?»
«—Si fait monsieur, il y a mademoiselle Adeline, et.....»
«—Fort bien.... fort bien, dit La Motte avec joie.... Marchez; je vous suis.»
Il apprit à madame La Motte où il était allé, lui fit part du dessein qu’il avait de se cacher, et délibéra sur le moyen de persuader aux archers, dans le cas où ils viendraient, qu’il avait quitté l’abbaye. Dans cette vue, il ordonna d’apporter tous les meubles dans les cellules d’en bas. Il aida lui-même à l’opération, et tout le monde y mit la main pour accélérer. En très-peu de temps, il laissa la partie habitable de l’édifice dans un état presque aussi nu qu’il l’avait trouvé: il dit ensuite à Pierre de conduire les chevaux à quelque distance de l’abbaye et de les laisser en liberté. Après y avoir bien réfléchi, il imagina une chose qui devait contribuer à donner le change aux archers; ce fut de placer dans quelque partie remarquable de l’édifice une inscription qui exprimerait son infortune, et porterait la date de son départ de l’abbaye. C’est dans ce dessein qu’au-dessus de la porte de la tour, qui conduisait à la partie habitable, il grava les lignes suivantes:
Vous qui par le malheur, dans ce lieu solitaire,