Peut-être fûtes amenés,
Sachez qu’il est des mortels sur la terre
Autant que vous infortunés.
P.-L.-M., un malheureux exilé, chercha dans ces murs un refuge contre la persécution le 27 avril 1658, et les quitta le 22 juin de la même année, pour tâcher de trouver un asyle plus convenable.
Après que ces mots furent gravés avec un couteau, on mit dans un panier le petit restant des provisions de la semaine; car Pierre, dans sa frayeur, était revenu de son dernier voyage sans rien rapporter. La Motte ayant rassemblé ses compagnons, ils montèrent sous l’escalier de la tour, et traversèrent les chambres jusqu’au cabinet. Pierre passa le premier avec une lumière, et eut un peu de peine à trouver la porte de la trappe. Madame La Motte frissonna en voyant la profondeur de ce gouffre; mais chacun gardait le silence.
La Motte prend alors la lumière, et conduit la marche; il est suivi de sa femme et puis d’Adeline: «—Ces vieux moines aimaient le bon vin, tout comme d’autres, dit Pierre qui faisait l’arrière-garde. Je vous garantis, monsieur, que c’était ici leur cellier; je sens déjà l’odeur des futailles.»
«—Paix, dit La Motte: réservez vos plaisanteries pour une occasion plus convenable.»
«—Il n’y a pas de mal d’aimer le bon vin; monsieur sait bien cela.»
«—Finissez cette bouffonnerie, dit La Motte d’un ton plus imposant, et passez le premier.» Pierre obéit.
Ils arrivent à la chambre voûtée. Le spectacle affreux que La Motte y avait vu, le détourna de l’idée de passer la nuit dans cette pièce, et les meubles avaient été portés par son ordre dans les cellules du fond. Il tremblait que ses compagnons ne vissent le squelette, et que cette vue n’excitât le degré d’horreur qu’ils ne pourraient surmonter pendant leur séjour dans ce lieu. La Motte passa vite devant le coffre. Pour madame La Motte et Adeline, elles étaient trop remplies de leurs pensées pour donner une attention minutieuse à des circonstances extérieures.