«—J’y ferai du moins mes efforts, madame, puisque vous ne voulez pas m’y aider. Je l’ai déjà suivi jusque dans les chambres d’en haut, où je l’ai soudain perdu de vue: il doit être caché près de là, et il est clair qu’elles ont une issue secrète.»
Sans attendre la réponse d’Adeline, il s’élance à la porte de la tour. Elle pense que ce serait confirmer la vérité de sa conjecture, si elle le suivait, et se décide à rester en bas. Mais après y avoir réfléchi, il lui vint dans l’idée qu’il pouvait se glisser sans bruit dans le cabinet, et peut-être surprendre La Motte à la porte de la trappe. Elle courut donc sur ses pas, afin de faire entendre sa voix, et de prévenir ainsi le danger qu’elle redoutait. Il était déjà dans la seconde chambre lorsqu’elle l’atteignit; elle se mit aussitôt à parler bien haut.
Il visita cette chambre avec la plus scrupuleuse attention; mais ne trouvant ni fausse porte, ni autre sortie, il marcha au cabinet. C’est alors qu’Adeline eut besoin de tout son courage pour cacher son agitation. Il continua sa recherche. «Je sais, dit-il, qu’il est caché dans ces chambres, quoique je n’aie pas encore réussi à le découvrir. J’ai suivi un homme que je crois être lui-même, et il n’a pu s’échapper sans qu’il y ait une issue; je ne sors pas d’ici que je ne le trouve.»
Il examina les murs et les boiseries, mais sans découvrir la division du parquet, laquelle effectivement correspondait au reste avec tant d’exactitude, que La Motte lui-même ne s’en était pas aperçu à la vue, mais au tremblement du panneau sous ses pieds. «Il y a ici, dit l’étranger, quelque mystère que je ne comprends pas, que peut-être je ne pénétrerai jamais.» Il se tourna pour sortir du cabinet; aussitôt, qui pourrait peindre la consternation d’Adeline en voyant la trappe se soulever doucement, et La Motte se montrer lui-même? «Ah!» s’écria l’étranger en s’avançant à lui avec vivacité. La Motte s’élança en avant, et ils furent enchaînés dans les bras l’un de l’autre.
La surprise d’Adeline, durant un instant, surpassa même ses premières transes; mais un souvenir frappa soudain sa pensée, et lui expliqua cette scène. Avant que La Motte se fût écrié: «Mon fils!» elle avait reconnu qui était l’étranger. Pierre, qui du pied de l’escalier avait entendu ce qui se passait en haut, courut avertir sa maîtresse de cette heureuse reconnaissance, et bientôt elle fut enlacée dans les embrassemens de son fils. Ce lieu, tout à l’heure le séjour du désespoir, semblait métamorphosé en palais du plaisir, et ses murs ne répétaient que les accens de la félicité.
La joie de Pierre était au-dessus de toute expression: il exécutait une véritable pantomime...... Il faisait des cabrioles, frappait ses mains...., courait à son jeune maître...., lui secouait la main, malgré les coups d’œil sévères de La Motte, allait de côté et d’autre sans savoir pourquoi, et ne faisait aucune réponse raisonnable à tout ce qu’on lui disait.
Après que leurs premières émotions furent apaisées, La Motte, comme par un prompt retour sur lui-même, reprit sa tristesse ordinaire. «J’ai tort, dit-il, de me livrer à la joie, quand peut-être je suis toujours environné de périls. Assurons-nous une retraite lorsqu’il en est temps encore, continua-t-il; dans quelques jours les gens de la justice viendront peut-être me chercher de nouveau.»
Louis comprit le discours de son père, et dissipa ses craintes par le discours suivant:
«Une lettre de M. Nemours, contenant la nouvelle de votre évasion de Paris, m’est parvenue à Péronne, où j’étais alors en garnison avec mon régiment. Il m’informait que vous aviez gagné le midi de la France, mais que depuis, n’ayant plus entendu parler de vous, il ignorait le lieu de votre retraite. C’est environ à cette époque que je fus envoyé en Flandre; et ne pouvant me procurer d’autre information sur votre sort, je passai plusieurs semaines dans une très-pénible inquiétude. A la fin de la campagne, j’ai obtenu un congé, et suis aussitôt parti pour Paris dans l’espoir que Nemours m’apprendrait où vous aviez trouvé un asile.
»Il n’en savait pas plus que moi sur ce point. Il me dit que, deux jours après votre départ, vous lui aviez écrit de D. sous un nom supposé, comme vous en étiez convenu; qu’alors vous lui aviez marqué que la crainte d’être découvert vous empêcherait de risquer une seconde lettre: il ignorait donc toujours votre demeure; mais il me dit qu’il ne doutait point que vous n’eussiez continué votre route du côté du midi. Sur cette légère information, j’ai quitté Paris pour vous chercher, et me suis rendu sur-le-champ à V. J’appris que vous y aviez séjourné quelque temps à cause de la maladie d’une jeune dame, particularité qui m’a fort intrigué, attendu que je n’imaginais pas quelle jeune dame pouvait être avec vous. Je marchai cependant jusqu’à L.; mais là je crus avoir totalement perdu vos traces. Comme j’étais assis en rêvant auprès de la fenêtre de l’auberge, j’aperçois quelque écriture sur la vitre, et la curiosité du désœuvrement m’engage à la lire: je crois reconnaître les caractères; et les mots que je lis confirment ma conjecture: je me souvenais de vous les avoir entendu souvent répéter.