Et le satin moëlleux de ta feuille opulente.

Tendre fils du printemps, comme toi dans les pleurs

Sous la nuit du chagrin, je languis, je me meurs.

Ah! que puisse l’aurore en dissipant tes ombres,

De mes soucis affreux chasser les voiles sombres!

Un écho lointain prolongea ses accens; elle prêta l’oreille à sa douce réplique. Mais après avoir répété les derniers vers, elle s’entendit répondre par une voix presque aussi tendre et moins éloignée. Très-surprise, elle regarde autour d’elle, et voit un jeune homme en habit de chasseur, appuyé contre un arbre, et la considérant avec cette profonde attention qui annonce une âme en extase.

Mille craintes se croisèrent dans ses confuses pensées: alors seulement elle se rappela combien elle était éloignée de l’abbaye; elle se levait pour fuir, lorsque l’étranger s’approcha respectueusement; mais, voyant qu’elle s’écartait en baissant de timides regards, il s’arrêta. Elle continua son chemin vers l’abbaye; et, malgré toutes les raisons qui la faisaient trembler d’être poursuivie, sa retenue l’empêcha de regarder en arrière. Rentrée dans l’abbaye, et voyant que la famille n’était pas assemblée pour déjeuner, elle se retira dans sa chambre; et là, toutes ses pensées s’employèrent en conjectures sur l’étranger. Ne se croyant intéressée dans cette rencontre que sous le rapport de la sûreté de La Motte, elle se livra sans scrupule au souvenir de l’air et des manières nobles qui distinguaient si particulièrement le jeune homme qu’elle avait vu. Après avoir mieux approfondi toutes les circonstances, elle regarda comme impossible qu’une personne d’un pareil extérieur pût former le projet de tendre quelque piége à un être son semblable; et, quoiqu’elle n’eût recueilli aucune circonstance qui pût seconder ses conjectures sur ce qu’il venait faire dans une forêt déserte, elle repoussa sans y songer, tous les soupçons injurieux à son honnêteté. Après y avoir mûrement réfléchi, elle résolut de ne point parler à La Motte de cette petite aventure, sachant très-bien qu’un danger imaginaire lui causerait des appréhensions réelles, et produirait toutes les perplexités, tous les tourmens dont il venait d’être délivré. Elle se promit, au surplus, de suspendre pour quelque temps ses promenades dans la forêt.

Lorsqu’elle descendit pour déjeuner, elle s’aperçut que madame La Motte était plus réservée qu’à l’ordinaire. La Motte entra un moment après elle, fit sur le temps quelques observations frivoles; et, après s’être efforcé de prendre un air de gaîté, retomba dans sa tristesse accoutumée. Adeline examinait avec inquiétude le visage de madame La Motte, et quand elle y découvrait une lueur de bonté, c’était un rayon de soleil pour son âme; mais elle permit bien rarement à Adeline de se flatter ainsi. Sa conversation était contrainte, et souvent elle se livrait à des allusions qu’on ne pouvait comprendre. Adeline tremblait de hasarder une phrase, de peur que ses accens mal assurés ne trahissent sa peine; et Louis arriva fort à propos pour la tirer d’embarras.

«Cette charmante matinée vous a fait sortir de bonne heure de votre chambre, dit Louis en s’adressant à Adeline?—Vous aviez sans doute un aimable compagnon, dit madame La Motte? une promenade solitaire n’est pas ordinairement fort agréable.

«—J’étais seule, madame, reprit Adeline.»