Le lendemain matin, Adeline se leva de bonne heure pour satisfaire la nouvelle et sublime émotion que lui inspirait la vue de la mer, et alla avec Clare vers les collines qui en offraient une perspective plus étendue. Elles marchèrent quelque temps entre des coteaux élevés, et arrivèrent enfin à une éminence d’où le ciel, la terre, la mer, leur parurent dans toute leur splendeur.
Elles s’assirent sur le bord d’un rocher, à l’ombre de hauts palmiers, pour contempler à loisir cette scène magnifique. Le soleil ne faisait que de sortir de l’océan, sur lequel ses rayons répandaient un déluge de lumière, en donnant mille couleurs brillantes aux vapeurs qui s’élevaient dans l’air, et formaient ensuite de légers nuages, laissant les eaux d’où elles sortaient, aussi claires que le cristal, excepté dans les endroits où les flots écumans se brisaient contre les rochers, et laissaient voir dans le lointain les voiles blanches des pêcheurs, et les montagnes de Corse couvertes d’un bleu céleste. Clare, au bout de quelque temps, tira son pinceau, mais le jeta de désespoir. Adeline, en revenant par un chemin romantique, lorsque ses sens ne furent plus absorbés par la contemplation de cette scène sublime, et tandis que son image était encore présente à sa mémoire, répéta les vers suivans.
LEVER DU SOLEIL.
STANCES.
Laissez-moi m’égarer, à la naissante aurore,
Parmi ces frais vallons couronnés de berceaux,
Y respirer l’encens des bourgeons près d’éclore,
Et prêter mon oreille au doux bruit des ruisseaux.
J’irai me reposer au bord d’une onde claire,
Où dort la violette au milieu des gazons,
Où le lis qui s’entr’ouvre embaume l’atmosphère,
Où la rose sauvage orne les verts buissons.
Ou bien j’irai gravir ce rocher qui s’avance
Sur l’azur nébuleux de la mer en repos,
Pour saisir du matin la première nuance,
Et l’éclat empourpré qui tremble sur les eaux.
Ah! qui pourrait d’un cœur peindre la douce extase,
Quand soudain le soleil, s’élevant sur les mers,
Eclaire tous les flots, ou plutôt les embrase,
Et revêt de splendeur le dais de l’univers!
Ainsi nos jeunes ans, beau matin de la vie,
Sont un brillant tableau de santé, de bonheur,
Sur qui, pour s’emparer de notre âme ravie,
L’imagination tient son prisme enchanteur.
Laluc, dans ses promenades, rencontra quelques compagnons sensés et agréables, qui, comme lui, étaient venus à Nice pour y chercher la santé; entre autres, un Français, dont les manières douces et la mélancolie intéressante avaient particulièrement attiré l’attention de Laluc. Il faisait rarement mention de lui-même, ou d’aucune circonstance qui pût conduire à la découverte de sa famille; mais il parlait sur tout autre sujet avec franchise et avec beaucoup d’intelligence. Laluc l’avait souvent invité à venir chez lui, mais il avait toujours refusé l’invitation, et cela d’une manière si aimable, qu’il était impossible de s’en offenser, et que Laluc était persuadé que son refus provenait d’un certain abattement d’esprit qui ne lui permettait pas d’aller en compagnie.