«Est-ce là une question à faire!»

«Je suis informé que votre procès continue demain. Je suis actuellement prisonnier pour dettes; mais si vous pouvez m’obtenir la permission de paraître à la cour de justice avec vous, et une promesse de la part des juges que ce que je révélerai ne me compromettra pas, je découvrirai des choses qui confondront le susdit marquis: je prouverai que c’est un scélérat, et l’on jugera alors jusqu’à quel point son témoignage contre vous peut être valable.»

La Motte, qui avait alors un grand intérêt à l’entendre, le pria de s’expliquer: et cet homme commença une longue histoire des malheurs qui l’avaient obligé de donner les mains aux projets du marquis: mais il s’arrêta tout d’un coup, et dit: «Je m’expliquerai plus au long quand j’aurai obtenu de la cour la promesse que je demande; jusqu’alors je ne puis en dire davantage.»

La Motte ne put s’empêcher de témoigner des doutes sur la vérité de ses assertions, et une espèce de curiosité de connaître les raisons qui l’engageaient à devenir l’accusateur du marquis.—«Quant à ces motifs, répliqua l’individu, ils sont fort naturels; il n’est pas aisé de se voir maltraité sans en avoir du ressentiment, surtout par un scélérat à qui on a rendu des services.» La Motte s’efforça, par intérêt pour cet individu, de modérer la violence avec laquelle il s’exprimait. «Je me moque bien qu’on m’entende,» ajouta l’étranger; mais cependant il parla plus bas: «Je le répète.... le marquis a eu de mauvais procédés à mon égard.—Il y a assez long-temps que je lui garde le secret. Il ne pense pas qu’il soit important de s’assurer de mon silence, autrement il aurait soulagé mes besoins. Je suis en prison pour dettes, et je lui ai fait demander des secours. Puisqu’il n’a pas jugé à propos de m’en faire passer, qu’il en subisse les conséquences. Je vous réponds qu’il ne tardera pas à se repentir d’avoir excité mon ressentiment.»

Les doutes de La Motte furent alors dissipés; il eut encore une fois devant lui la perspective de la vie; et il assura du Bosse (tel était le nom de l’étranger), avec beaucoup de chaleur, qu’il dirait à son avocat de faire tous ses efforts pour obtenir qu’il pût paraître en justice, ainsi que la promesse qu’il exigeait. Après quelque autre conversation ils se quittèrent.


CHAPITRE VII.

Du Bosse obtint enfin la permission de paraître en justice, avec promesse que ce qu’il pourrait dire ne serait pas à sa charge; et il accompagna La Motte devant les juges.

Lorsque cet homme parut, plusieurs personnes présentes observèrent la confusion du marquis de Montalte, et La Motte particulièrement, qui tira de là un présage favorable pour lui-même.

Quand du Bosse fut interrogé, il informa la cour que, dans la nuit du 21 avril de l’année précédente, un appelé Jean d’Aunoy, qu’il connaissait depuis plusieurs années, était venu chez lui; qu’après avoir conversé pendant quelque temps sur leur situation, d’Aunoy lui avait dit qu’il connaissait un moyen par lequel du Bosse pourrait changer toute sa pauvreté en richesse; mais qu’il n’en dirait pas davantage, à moins qu’il ne fût certain qu’il voulût l’adopter. L’état de détresse dans lequel se trouvait alors du Bosse, lui avait fait désirer de connaître quel était ce moyen qui devait ainsi le tirer d’embarras; il avait prié son ami, avec chaleur, de s’expliquer; et, au bout de quelque temps, d’Aunoy s’était ouvert à lui. Il dit qu’il était chargé, par un seigneur (qu’il informa ensuite du Bosse être le marquis de Montalte), d’enlever une jeune fille du couvent, et de la conduire dans une maison à quelques lieues de Paris. «Je connaissais bien la maison qu’il me décrivit, ajouta du Bosse, car j’y avais été plusieurs fois avec d’Aunoy, qui y demeurait pour se soustraire aux poursuites de ses créanciers, quoiqu’il passât souvent la nuit à Paris.» Il ne voulut rien découvrir davantage de son projet, mais dit qu’il aurait besoin d’aides, et que si moi et mon frère, mort depuis, voulions le joindre, celui qui l’employait n’épargnerait pas l’argent, et que nous serions bien récompensés. Je désirai en savoir davantage; mais il s’opiniâtra à garder le silence; et lorsque je lui eus dit que je m’aviserais et que j’en parlerais à mon frère, il s’en alla.