La comtesse avait alors repris assez de force pour s'entretenir du sujet qu'elle avait le plus à cœur. L'idée d'une nouvelle tentative, pour la délivrance de son fils, n'avait pas échappé à Alleyn; il dit qu'il était prêt à affronter tous les dangers pour parvenir à ce but, et il parla d'un ton si assuré de la probabilité du succès, qu'il fit encore une fois renaître l'espérance dans le sein de Maltida; elle craignit néanmoins de se livrer trop précipitamment à un espoir si douteux. Il fut résolu qu'Alleyn se consulterait avec les hommes les plus habiles et les plus fidèles de la tribu, que l'âge ou les infirmités avaient jusqu'ici écartés du combat, sur les moyens les plus propres au succès de l'entreprise, et qu'il marcherait ensuite, sans délai, à la tête des combattans; qu'en attendant on enverrait un message au baron pour lui demander du tems, et lui annoncer qu'on lui ferait réponse sous quinze jours.

Alleyn forma donc un conseil des gens les plus habiles de la tribu. On proposa divers projets dont le succès parut fort incertain. A la fin quelqu'un observa qu'il était possible qu'Osbert ne fût plus dans la tour, et que le lieu de sa détention fût changé: chose qu'il fallait d'abord savoir pour former un plan convenable. Il fut donc résolu de suspendre les délibérations jusqu'à ce qu'Alleyn se fût procuré les informations nécessaires, et en attendant, celui-ci fut chargé de délivrer à Malcolm le message de la comtesse. C'est pourquoi il se mit sur-le-champ en marche pour le château.

CHAPITRE VI.

Translation d'Osbert dans une autre prison.—Message de Maltida à Malcolm.—Découverte d'un panneau mouvant par où l'on entre dans plusieurs vastes appartemens.—Osbert parvient à celui des deux prisonnières.—Leur surprise à la vue du comte.—Tendre intérêt de ce dernier pour leurs souffrances. Il demande et obtient la permission de renouveler sa visite.—Démarches d'Alleyn pour découvrir la prison du comte, et pour tâcher de l'en tirer.—Désertion de deux soldats du château de Malcolm qui viennent s'enrôler sous les bannières d'Alleyn.

Pendant ce tems-là le château de Dunbayne était devenu le théâtre du triomphe et de la détresse. Fier de son projet, Malcolm voyait déjà Marie à ses pieds, tandis qu'Osbert éprouvait des tourmens plus cruels que la mort. Le baron était surpris que son invention ne lui eût pas encore suggéré ce moyen de torture. Pour la première fois l'amour eut pour lui des attraits, parce qu'il devenait l'instrument de sa vengeance, et que d'ailleurs la violence de sa passion lui avait représenté les charmes de Marie sous les couleurs les plus flatteuses. Il prit donc la ferme résolution de ne jamais relâcher le comte qu'aux conditions qu'il avait offertes, et par ce moyen de rendre la maison d'Athlin un monument éternel de son triomphe.

Pour plus de sûreté, Osbert avait été transféré au centre du château dans un appartement vaste et sombre, et dont les fenêtres gothiques ne laissaient pénétrer de lumière qu'autant qu'il en fallait pour en apercevoir l'horreur. Ce n'était pas ce qui le tourmentait davantage; son cœur éprouvait des douleurs bien plus aiguës. Un malheur aussi terrible que celui qui le menaçait ne s'était jamais offert à son imagination. Depuis long-tems familiarisé avec l'idée de la mort, il ne la regardait que comme un mal passager; mais voir sa famille dans l'ignominie, la voir contracter une alliance avec l'assassin de son père, cette pensée lui déchirait l'ame.

Il craignait que la tendresse maternelle n'engageât Maltida à accepter les offres du baron, et il ne doutait pas que sa sœur n'eût assez de grandeur d'ame pour se sacrifier, afin de lui sauver la vie. Il aurait écrit à la comtesse pour lui défendre d'accepter ces conditions, et lui déclarer sa ferme résolution de mourir; mais il n'avait aucun moyen de lui faire parvenir sa lettre; le garde, qui avait eu la générosité de faire passer sa première, ne paraissait plus. Le courage qui l'avait soutenu jusqu'ici ne l'abandonna pas dans ce moment critique. Accoutumé depuis long-tems à éprouver des contradictions sans nombre, il avait acquis l'art de les surmonter; les plus grands revers n'étaient point capables de l'abattre; la résistance ne servait qu'à lui donner plus de force et à faire paraître sa grande ame dans un jour plus éclatant.

Alleyn venait de joindre la tribu, et faisait toute la diligence possible pour se procurer les informations nécessaires. Il apprit que le comte n'était plus dans la tour, mais il ne put découvrir dans quelle partie du château il était relégué; sur ce point on n'avait que des conjectures vagues et sans vraisemblance. Ce qui faisait croire qu'il n'avait pas été mis à mort, c'était la politique du baron dont le violent amour pour Marie n'était plus alors un mystère. Alleyn employa inutilement tous les stratagèmes que l'invention put lui suggérer pour découvrir la prison du comte. Enfin, forcé de remettre à Malcolm le message dont il était chargé, il demanda pour préliminaire qu'Osbert fût amené sur les remparts, afin de faire voir à ses vassaux qu'il était encore en vie. Il espérait que cette mesure lui fournirait quelque moyen de découvrir le lieu de sa détention, se proposant d'observer avec la plus scrupuleuse attention l'endroit où il se retirerait.

Le comte parut sain et sauf sur les remparts. A sa vue ses vassaux firent retentir les airs de leurs cris pour témoigner leur allégresse; le baron était à ses côtés, et les regarda d'un air de mépris. Alleyn s'approcha des murailles et remit le message de Maltida. Osbert frémit de son contenu; il prévit qu'une délibération annonçait une soumission, Déchiré par cette pensée, il jura tout haut qu'il ne survivrait jamais à une pareille infamie; s'adressant ensuite à Alleyn, il lui commanda de retourner sur-le-champ vers la comtesse, et de lui dire de ne point se soumettre à des conditions aussi humiliantes, à moins qu'elle ne voulût sacrifier ses deux enfans à l'assassin de leur père. Ces paroles excitèrent un sourire de triomphe sur le visage du baron, et il se tourna en gardant un silence dédaigneux. Les gardes reconduisirent Osbert dans sa prison; mais tous les efforts de son ami, pour découvrir le chemin qu'ils prenaient, furent inutiles; la hauteur des murs les fit bientôt disparaître à ses yeux.

Alleyn nous fournit un exemple de la fermeté et de la constance avec lesquelles une ame énergique poursuit un objet favori; des circonstances fâcheuses peuvent venir à la traverse, le manque de succès peut momentanément arrêter ses progrès; mais elle s'élève au-dessus de tout obstacle, et pour parvenir à ses fins, elle va même au-delà des bornes de la possibilité. Ce jeune homme ne désespérait pas encore; mais il ne savait de quelle manière il devait agir.