Valancourt se promenait à grands pas sur la terrasse, pendant qu'Emilie, appuyée sur la balustrade, s'abîmait dans une profonde rêverie. L'ouverture qu'elle venait de recevoir l'alarmait plus que peut-être elle ne l'aurait dû, et renouvelait son combat intérieur.
Nous avons peu de moments à donner aux récriminations et aux serments, dit Emilie en s'efforçant de cacher son émotion; si vous êtes encore à apprendre combien vous m'êtes cher, et combien vous le serez éternellement à mon cœur, aucune assurance de ma part ne saurait vous en convaincre.
Ces derniers mots expirèrent sur ses lèvres, et ses larmes coulèrent abondamment. Après quelques moments, elle se releva de cet abandon de tristesse, et lui dit: Il faut que je vous quitte, il est tard, on pourrait dans le château s'apercevoir de mon absence. Pensez à moi, aimez-moi, quand je serai loin d'ici. Ma confiance sur ce point fera toute ma consolation.
—Penser à vous! vous aimer! s'écria Valancourt.
—Essayez de modérer ces transports, dit Emilie, pour l'amour de moi, essayez-le pour l'amour de vous!
Oui, pour l'amour de moi, dit Emilie d'une voix tremblante; je ne puis pas vous laisser dans cet état.
—Eh bien! ne me laissez pas, dit Valancourt avec vivacité: pourquoi nous quitter, ou du moins nous quitter pour plus longtemps que jusqu'au point du jour?
—Il m'est impossible, reprit Emilie, il m'est impossible de soutenir de pareils coups; vous me déchirez le cœur: mais jamais je ne consentirai à cette mesure imprudente et précipitée.
—Si nous pouvions disposer du temps, mon Emilie, elle ne serait pas aussi précipitée. Il faut nous soumettre aux circonstances.
—Oui, sans doute, il faut nous y soumettre, dit Emilie. Je vous ai déjà ouvert mon cœur: mes forces sont épuisées.