—Pardonnez-moi, Emilie; songez au désordre de mon esprit en ce moment où je vais quitter tout ce qui m'est cher; pardonnez-moi. Quand vous serez partie, je me souviendrai avec remords de tout ce que je vous ai fait souffrir; je désirerai vainement de vous voir, ne fût-ce qu'un seul instant, pour adoucir votre douleur.
Ses larmes encore interrompirent sa voix. Emilie pleura avec lui. Je me montrerai plus digne de votre amour, dit Valancourt à la fin; je ne prolongerai pas ces moments. Mon Emilie, mon unique bien, mon Emilie, ne m'oubliez jamais; Dieu sait quand nous nous rejoindrons. Je vous confie à la Providence. O mon Dieu, ô mon Dieu, protégez-la, bénissez-la!
Il serra sa main contre son cœur. Emilie tomba presque sans vie sur son sein. Ils ne pleuraient plus. Ils ne se parlaient pas. Valancourt alors commanda à son désespoir, essaya de la consoler et de lui rendre l'assurance. Mais elle paraissait hors d'état de le comprendre, et un soupir qu'elle exhalait par intervalle prouvait seulement qu'elle n'était pas évanouie.
Il la soutenait en marchant lentement vers le château, pleurant et parlant toujours. Elle ne répondait que par des soupirs. Arrivés enfin à la porte qui terminait l'avenue, elle sembla se retrouver elle-même; et, regardant autour d'elle: C'est ici qu'il faut nous quitter, dit-elle en s'arrêtant.
Adieu, ajouta-t-elle d'une voix languissante; quand vous serez parti, je me souviendrai de mille choses que j'avais à vous dire.
Valancourt encore la pressa contre son cœur, et l'y tint en silence en la baignant de ses larmes. Les larmes vinrent aussi soulager l'oppression d'Emilie. Ils se dirent adieu et se séparèrent. La pauvre amante se hâta de gagner sa chambre pour y chercher le repos; mais, hélas! il avait fui loin d'elle, et son malheur ne lui permettait plus de le goûter.
CHAPITRE XIII.
Les voitures furent de bonne heure à la porte. Le fracas des domestiques qui allaient, venaient et se heurtaient dans les galeries tirèrent Emilie d'un sommeil fatigant. Son esprit agité lui avait présenté toute la nuit les plus effrayantes images et l'avenir le plus sombre. Elle s'efforça de bannir ces sinistres impressions, mais elle passait d'un mal imaginaire à la certitude d'un mal réel.
Les équipages étant enfin disposés, les voyageurs montèrent en voiture. Emilie eût laissé le château sans éprouver un seul regret, si Valancourt n'eût habité dans le voisinage.
D'une petite éminence, elle regarda les longues plaines de Gascogne et les sommets irréguliers des Pyrénées qui s'élevaient au loin sur l'horizon, et qu'éclairait le soleil levant. Montagnes chéries, disait-elle en elle-même, que de temps s'écoulera avant que je vous revoie! Que de malheurs, dans cet intervalle, pourront aggraver ma misère! Oh! si je pouvais être certaine que je reviendrai jamais, et que Valancourt vivra un jour pour moi, je partirais en paix! Il vous verra, il vous contemplera, lorsque moi, je serai loin d'ici!