« Ce serait pis encore si hier je l'avais embrassée, pensait Antoine ; elle serait presque guérie, tandis qu'en ce moment elle se débat. »
Il lui écrivit chaque jour, et, bientôt, il reçut une lettre douce, qui demandait de l'amitié.
« Je n'en donne et n'en reçois pas, pensa Antoine ce n'est pas mon métier. »
Mais il écrivit qu'il lui proposait de tout son cœur cette amitié ; que près d'elle, dans son palais, il était farouche, défiant ; qu'il la suppliait de venir.
Elle vint. Épouvantée, irrésolue, elle entra chez lui pour se sauver de la rue, pour n'être pas vue, pour fuir.
Elle entra dans ses bras ouverts ; elle avait eu si peur qu'elle se serrait contre lui et pleurait. Le danger, elle l'avait connu dans la rue, devant la porte ; maintenant elle était sauvée, elle le remerciait. Après la honte d'être dehors, les yeux levés, cherchant un numéro, ce n'est rien de se trouver là, dans une chambre inconnue, près d'un jeune homme…
Elle le remercie.
Elle n'a rien à redouter de lui. Pendant qu'elle parle et se plaint de sa frayeur, il la presse contre lui… Elle écarte doucement les mains du jeune homme, mais il la reprend encore, et, chaque fois qu'elle le repousse, il revient. Ainsi, elle s'habitue à ses tendres audaces.
Lorsqu'elle regarde autour d'elle, avec un peu de tristesse, les murs nus, il lui dit :
— Mon amie, ces pièces sont froides et sans grâce, bien différentes de vos demeures, mais il faut que vous les acceptiez par amour de moi.