D'autres fois, quand elle arrivait si lasse, si couverte de pleurs, si mystique qu'elle souhaitait s'étendre sur le tapis de son amant pour y mourir, il l'accueillait avec une brutale ardeur, et, comme elle s'effrayait qu'on voulût violenter un corps que baignent des larmes :

— Hélas, lui disait-il, avec une impitoyable langueur, tes larmes ne touchent pas uniquement mon âme, ma bien-aimée!…

« C'est curieux, pensait-il ; le chagrin, qui l'affine encore, la rend plus subtile aussi. Voici qu'elle mène à son gré son mari et moi. Elle m'aime, et pourtant ne meurt point. Cette âme s'éveille à la vie, à d'habiles ménagements. Jalouse, elle serait bien plus touchante. »

Il ne restreint plus sa cruauté.

Un jour, il s'emporte contre la jeune femme jusqu'à lui reprocher sa pâleur, sa tristesse, ses bras amaigris.

— Vous n'êtes pas gaie, lui dit-il. Ne retrouverai-je donc jamais ce que j'aimais en vous, votre rire, votre ingénuité, votre gentillesse à vivre?

Et, sans colère, penchée contre son amant, le corps, les mains découragés, emplie d'amour, buvant enfin à la douleur, les yeux plus profonds qu'on n'aurait pu croire, avec une grande pitié pour lui, pour elle, elle dit doucement :

— Vous m'avez rendue si vieille, mon enfant chéri…

Il lui reproche aussi la tendresse qu'elle a pour son petit garçon.

Un petit garçon qui souffre, mais qui ne va pas mourir, qui déjà joue avec les bibelots de bois qu'on met sur son lit, cela vaut-il le cœur d'Antoine Arnault, où Donna Marie a plus de vie que dans la vie, où vraiment elle fut recréée, douée de son âme, dotée de tous ses plaisirs?