Le comte vient de partir, il a dit adieu à Donna Marie, il lui a baisé une main, et puis l'autre main.

Émilie Tournay est restée au salon près de la comtesse. Elle chante à voix basse en s'occupant des fleurs ; elle semble rire ; elle passe plusieurs fois près de Marie, et de son pied repousse la longue traîne étalée autour du fauteuil de la comtesse. Elle va sans cesse près du miroir, et se regarde, et s'arrange. Elle se plaît, elle se flatte elle-même. Donna Marie ne peut plus supporter cela. Elle lui dit deux ou trois mots insignifiants, mais de quel ton agressif! Émilie se retourne, surprise ; elle veut s'empresser auprès de Marie, et, comme à l'ordinaire, lui prend doucement le bras ; mais Marie, ne pouvant dominer son regard qui devient froid et pâle, sa voix sèche qui s'élance, dit en riant de colère à Émilie :

— Ma chère, vous aimez Antoine Arnault.

— Et vous aussi, répond celle-ci d'une voix douce, d'une voix indulgente, aimable.

Donna Marie dédaigne cette phrase. Elle reprend :

— Vous l'aimez. C'est lui qui me l'a dit, qui me l'a raconté… Vous ne savez pas comme il en riait!…

Mais Émilie pâlit :

— Il ne riait pas, dit-elle, quand il vous trompait avec moi.

— Avec vous? reprend Marie ivre et blanche.

Et elle ajoute :