XIII
Antoine Arnault revint à Paris.
Il reprit sa vie nombreuse, affairée, le cœur détaché de tout.
Mais par moments son orgueil sursautait. Les nouvelles renommées aiguillonnaient sa force. « Il ne faut pas, pensait-il, que les autres passent!… » Et d'un discours, d'un article, d'un beau livre, il arrêtait les jeunes essors, il demeurait le premier.
Parfois encore il songeait à Donna Marie ; il reconnut un soir ; sur une enveloppe, le timbre d'Italie ; c'était un mot d'Émilie Tournay où cette injurieuse personne offensée s'écriait : « Si je vous eusse aimé comme j'ai aimé d'autres hommes, votre conduite m'eût peut-être contrariée ; mais je n'eus pour vous que de l'indifférence et du mépris… »
Et Antoine s'amusa d'évoquer cette Émilie telle qu'il l'avait connue.
« Émilie, songeait-il en riant, vous ne pensiez point tant de mal de moi, quand, renversée au jardin Eaden, vous respiriez sur mon cœur, passionnément, comme si le vêtement et le col de votre amant eussent été empreints d'un parfum rapide et délicieux dont vous vouliez tout avoir. »
Quelquefois Antoine Arnault pensait :
« Quel sera maintenant le mystérieux avenir? ou plutôt que serai-je? Je ne puis me prévoir, mystérieux moi-même. »
Il fit plus âprement de la politique. Il parlait à la Chambre. Il eut des ennemis ardents. Ses discours irritaient. Un jeune prince de la droite, par jalousie, l'attaqua, et sur la vive réponse d'Antoine fit mine de s'élancer. Minute inoubliable : toute la gauche, debout autour de l'agresseur, levée comme des montagnes, se retenait à peine de dévorer ce page! Antoine connut l'amour des mâles, ce que pouvait l'éloquence. Il eut avec son rival un duel où il le blessa, mais il eût voulu cent fois le tuer. A ces enivrants combats de mornes jours succédaient.