Ce qu'ils voulaient arrivait. Le destin se pliait sous leurs pas et les faisait passer.
Dans la torture, dans la mort, ils n'eussent connu que la joie. Telle est la force de l'amour. Toute intelligence et toute science se posait sur leur cœur. Ils savaient et n'oubliaient plus.
Ils s'avançaient sur le beau tapis des jours comme celui que la prophétie appelle « Le Désiré des nations ».
Il ne lui disait pas : « Je vous aime » car ce qu'il sentait pour elle était au delà des mots et de la forme des pensées ; mais elle lui disait souvent qu'elle l'aimait, parce qu'elle était très jeune, pas assez pleine encore pour le silence.
Il ne savait pas si elle était jolie, de taille moyenne ou grande, si les doux cheveux, les yeux courbés, la pâleur faisaient l'enchantement du visage ; il ne savait rien, seulement que c'était une âme au centre de l'univers.
Ils possédaient plus qu'on n'attend. Lui pensait : « J'ai un empire ». Elle pensait : « J'ai un empire ». Quand ils disaient : « Voici le soir », c'était comme s'ils avaient, de leur propre volonté, amené le soir sur la terre.
Comme il ne souhaitait rien, il eût voulu qu'elle aussi fût une morte d'amour.
Elle vivait. Ève qui veut connaître son domaine, elle désira visiter le monde. Alors Antoine Arnault, Madeleine, Élisabeth et les deux petites filles, doucement unis, voyagèrent.
Antoine n'abandonnait point son funèbre projet.
— Que voulez-vous? demandait-il, — un matin clair dans Florence et le parfum des roses sur le chemin des collines? Que c'est peu de chose cela auprès d'une tombe ardente! le plus de vie possible, mais pour mourir…