Ils ne goûtèrent les paysages, les aromes et la musique qu'en les recevant l'un de l'autre.

— Prenez ce que mes yeux ont vu, lui disait Élisabeth.

Quelle douce et forte vie ce fut, quelle sécurité, que de sereines aurores!

Aux beaux spectacles du monde, Élisabeth disait : « Je suis venue ».

Avec une ingénue hauteur, elle offrait sa présence, l'ardeur infinie de son rêve aux lieux qui ont vu le Dante, qui ont vu Gœthe et Michel-Ange. Et Madeleine s'émerveillait d'une sœur auguste et pensive.

… Un soir, s'arrachant aux mollesses des lacs, si voluptueux que Madeleine pressait son cœur, qu'Élisabeth, pensant sourire, pleurait, ils coururent vers la Toscane…

XV

Ils arrivèrent à Florence un jour où le jour est plus tendre qu'un clair visage oriental tatoué de beaux soleils bleus ; un de ces jours où la terre est comme un navire, avec des matelots qui chantent et de l'espoir tout autour d'eux ; où le ciel glisse et se dissout, et, puisant dans son bonheur, détache des portions d'azur et les fait flotter vers les hommes.

Un jour de roses écloses! les parfums jouaient sur l'air comme des âmes réelles, comme des enfants divins. Élisabeth goûtait, mêlés, ce plaisir et cette déception que causent les choses nouvelles. Elle n'imaginait point ainsi la ronde perle toscane. Trop de perfection arrêtait l'élan de son âme. Ville parfaite, un peu sèche, qui respire, repliée sur elle-même, le fort opium de sa grandeur monastique. Peu à peu, seulement, l'Arno, le Ponte Vecchio, l'air florentin, Or San Michele, Santa Maria dei Fiori, les nuits parfumées par les iris des jardins, enchantèrent Élisabeth.

Elle parcourut les musées, les plus glorieux, le plus caché ; Palais Pitti où repose le juvénile Hermaphrodite, si visiblement asservi, qui ne peut éviter les dieux et n'a de pudeur que son visage endormi ; — petit musée égyptien, où les divins scarabées sont des gouttes de siècle bleues, de tièdes turquoises taillées.