— Oui, soupira-t-elle, je ne vous oubliais pas, on n'oublie pas. Vous étiez ma jeunesse ; le commencement…
Elle avançait ses mains vers lui comme on tend son cœur, comme on donne son amitié. L'ombre et la lampe rouge se partageaient la pièce.
— C'est vous, disait-elle à voix basse, c'est vous qui m'avez fait connaître la douleur, le bonheur, le plaisir…
Sa voix n'avait pas de gêne, coulait simple, chaude et brisée.
— Oui, disait-elle, les autres je leur apprenais à vous ressembler. En riant, en jouant, en prenant leurs mains, en les courbant sur mon visage, lentement, de jour en jour, peu à peu, je leur apprenais à vous ressembler ; ils me rendaient nos voluptés… Ah! comme j'ai cherché cela ; ils n'ont pas su comme j'ai cherché cela…
Antoine se taisait, et il évitait de rencontrer les mains que Donna Marie lui tendait ; mais elle laissait, sans colère, glisser ses mains et poursuivait :
— Avant vous, vous le savez, j'étais timide, innocente, mais tu m'as pris tout cela. Après toi mes gestes n'ont plus eu peur. Les nuits d'Italie sont terribles, mon chéri, elles viennent sur nous et nous étouffent, et tout le cœur est comme un jardin de jasmins ; alors la volupté, les caresses ne semblent pas un péché, elles semblent de beaux anges du soir qui passent sur le ciel de Florence ; de beaux anges, l'ange du bienheureux Angelico, qui court si vite, tu le sais, dans la fresque de Saint-Marc, qui vient comme un jeune homme si pressé, si ardent, et qui dit « Je vous salue, Marie… »
Antoine se taisait encore ; Donna Marie s'arrêta, puis d'une voix plus sèche, d'une voix plus nette :
— Et vous? demanda-t-elle.
Les premières paroles qu'il voulut prononcer demeuraient incertaines dans la gorge d'Antoine ; ensuite il dit :