Et elle sentit que bondissaient en elle une violence et une puissance pareilles à la Muse de Wagner, bacchante terrible qui parcourt tous les sommets de la musique en criant à son invisible amant : « J'ai faim de toi, j'ai soif de toi, j'ai soif de toi, j'ai faim de toi… »
Antoine approchait, il ouvrit la porte.
— Ah! revenez, — lui dit Élisabeth en souriant doucement, — est-ce son départ? mais lui et moi ne savons plus quoi nous dire…
Et André se levait, comme il faisait toujours, respectueusement, dès qu'il voyait le maître qu'il admirait.
XVIII
Un azur plus doux que des lacs, plus beau que l'idée qu'à seize ans on se fait de la Grèce, entrait dans la chambre où Élisabeth mourait.
Antoine Arnault auprès d'elle ne pensait à rien. Il avait les yeux fermés. Ceux qui, en Orient, meurent les veines ouvertes doivent connaître cette langueur et ce délire. Il ne voyait pas et n'entendait pas.
Martin Lenôtre tenait les mains de la mourante.
Elle le pria d'ouvrir davantage la fenêtre. Comme Gœthe, qu'Antoine Arnault avait tant aimé, la jeune fille qui mourait demandait plus de lumière…
Dans son cerveau pâle et brisé elle comprenait que la vie finissait, elle n'avait pas très peur, parce qu'elle souffrait. Elle s'étonnait de finir.