Parfois, dans un sursaut de connaissance épique,
J'enveloppe l'espace et ses sombres lueurs,
Depuis la lune morte au sein des cieux mystiques,
Jusqu'aux chats d'Orient, sanglotant dans les fleurs.

Mais je ne saurai rien de ma tâche éphémère!
—Insondable Univers que j'ai cru posséder,
Je n'interromprai pas ma pensive prière
Vers ton muet orgueil, qui ne peut pas céder.

—Beau soir, tout envolé de parfums et de brises,
Remuante ténèbre, agile et fraîche ardeur,
C'est en vain que ma voix vous suit et vous attise,
Comme la flûte grecque accompagne un danseur!

—Je suis mortelle, et tout ce que je loue est stable!
Mon être se dissout, mon passé est errant;
Vous brûlerez sans moi, ô monde délectable!
La lune luit; le vent se baigne dans le sable,
Et j'écoute monter vers les cieux odorants,
Mon esprit dilaté, clairvoyant, secourable,
Qui, tout imprégné d'eux, leur est indifférent!

JE SAIS QUE RIEN N'EST PLUS…

Je sais que rien n'est plus pour moi, et cependant
Je regarde parfois les choses de l'espace,
Je vois l'ombre de l'if qui divise l'étang,
Et l'azur s'entr'ouvrir pour un oiseau qui passe.

La cloche d'un couvent disperse dans les airs
Son rêve débordant et son Credo candide:
Douce cloche, oasis d'argent du bleu désert,
C'est vous la palme et l'eau des soirs tendres et vides!…

Dans la rue, un enfant, un marchand, un tonneau
Rendent le calme éther et le pavé sonores;
Je rêve d'un jardin tropical, sur les flots
Où gonflent mollement les pompeuses Comores.

Et je regarde luire, entre les toits serrés
Où mes tristes regards lentement aboutissent,
Ces cieux du soir qui sont si doux et si propices
Aux âmes qui n'ont pas encor désespéré…

LE DESTIN DU POÈTE