L'ange qui fit rêver Jésus sur la montagne,
Qui lui montra le monde et tenta son esprit,
M'a, dans les calmes soirs des verdâtres campagnes,
Tout soupiré et tout appris!
Serai-je désormais l'ermite magnanime
Qui vit de son secret, par-delà les humains?
Pourrai-je conserver, dédaigneuse victime,
La solitude de mes mains?
Pourrai-je, quand résonne, ô Printemps, ta cadence,
Ivre du seul orgueil et des seules pitiés,
Ecouter la secrète et chaste confidence
Qui va des soleils à mes pieds?
O Douleur! je comprends, arrêtez vos batailles:
Au travers de mes pleurs j'entrevois vos projets;
Un chaud pressentiment m'éblouit et m'assaille;
C'est dans ce feu que je plongeais!
Je sais,—moi qui vous tiens, vous respire, vous touche,
Moi qui vis contre vous et qui bois votre vin
Dans un dur gobelet collé contre ma bouche,—
Quel est votre dessein divin;
Vous préparez la vie avec vos sombres armes,
Le corps que vous brisez rêve d'éternité,
Hélas! les purs sanglots, les tremblements, les larmes
Aspirent à la volupté!
SEIGNEUR, POURQUOI L'AMOUR…
Seigneur, pourquoi l'amour et son divin supplice
Sont-ils, entre deux coeurs noblement rapprochés,
Comme un glaive qui rend une inique justice,
Et qui toujours châtie un mystique péché?
Tour à tour l'un des deux est votre humble victime,
Il doute, il est brûlant, bondissant, abattu;
Les regards hébétés il mesure l'abîme
Où le buisson ardent parlait, et puis s'est tu…
—Mon Dieu, dans ces amours, la douleur est si forte
Que, malgré le courage, on ne peut pas vouloir
Être celui des deux qui chancelle, et qui porte
Tout le poids d'un si lourd et cuisant désespoir;