—Mais la tiédeur du soir, les doux champs inclinés,
La splendide et rêveuse impuissance des âmes
Dans mon coeur exalté faisaient plier les flammes,
Comme un feu champêtre est par le vent réfréné.
Un pâle étang dormait au cercle étroit des saules,
Les collines versaient le blé mûr comme un lait:
Tes yeux où le désir naissait et se voilait
Avaient l'azur aigu et condensé des pôles.
Nous écoutions bruire, au bord des bois sans fond,
Les cris épars, confus des geais, des pies-grièches,
Le murmure inquiet et suspendu que font
Les pas ronds des chevreuils froissant des feuilles sèches.
La tristesse d'aimer sous les cieux s'étalait,
Non faible, mais robuste, apaisée, acceptante;
Et je posais sur toi, chère âme humble et tentante,
Mes yeux où le pouvoir humain s'accumulait.
Et lentement je vis dans tes yeux apparaître
Le poison de mon rêve, en ton âme injecté.
Les clairons s'éloignaient dans la brume champêtre,
De tout l'or du soir, seul mon coeur t'était resté.
Je consolais en toi ton destin, irrité
De n'être pas la cible où tout frappe et pénètre
Pour quelque vague, immense, âpre immortalité…
—Mais que peut-on, hélas! un être pour l'autre être,
En dehors de la volupté?
LA TEMPÊTE
«La passion n'est que le pressentiment de la volupté.»
LUCRÈCE.
A qui m'adresserai-je en ces jours misérables
Où, le coeur submergé par un puissant dégoût,
J'entends autour de moi l'hallucinant remous
D'une énergique voix qu'on sent infatigable?
Elle dit, cette voix: «Je suis la volupté;
Comme fit le passé, l'avenir me consulte;
Aux heures de repos pensif ou de tumulte
C'est par moi que le coeur croit à l'éternité!