Ceux des environs de Paris ne se feront point un mérite du zèle ardent qu’ils ont montré en charriant gratuitement avec leurs chevaux de postes pendant les mois de Juillet & Août derniers, les farines destinées à l’approvisionnement de cette Capitale. Ils ont saisi l’occasion d’obliger leurs concitoyens, la récompense la plus précieuse à leur cœur est dans le service même qu’ils ont pu rendre.

Ces considérations sont bien puissantes sans doute aux yeux des Régénérateurs du nom Français ; les Maîtres de Postes sont toutesfois incapables de s’en prévaloir ; c’est la justice éclairée de Nosseigneurs qu’ils invoquent, & ce ne sera pas en vain, parce que la situation désespérante de 1440 Citoyens utiles, de 1440 Citoyens dignes de porter le nom Français, mérite d’occuper un moment les plus fermes appuis, en qui réside tout l’espoir de la Nation Française.

Les Maîtres de Postes, Nosseigneurs, avaient des privilèges, ils en jouissaient à titre purement onéreux, la suppression de tous les privilèges a frappé sur eux & par le coup qui les anéantit, votre intention n’a point été de les ruiner & encore moins de ruiner un établissement dont vous êtes plus que qui que ce soit en état d’apprécier la très-grande utilité.

Vous déciderez dans votre sagesse, Nosseigneurs, qu’il est de votre justice de remplacer les privilèges des Maîtres de Postes, non-seulement par une indemnité pécuniaire bien légitimement acquise, mais encore par une légère augmentation sur le prix de la course de chevaux, qui n’équivaudra jamais aux privilèges dont ils sont privés.

Il est tellement vrai que les privilèges dont ils jouissaient n’ont été qu’un véritable secours que dans les pays d’États & de Cadastres, où l’exemption de la taille n’a point lieu ; il est accordé à chaque Maître de Poste 75 liv. & même 100 liv. par lieue, qu’il a à parcourir avec la fixation de leur capitation, à six livres.

Cette indemnité serait bien insuffisante pour les Maîtres de Postes des grandes routes & des environs de Paris.

C’est particulièrement sur le service de ces grandes routes qui partent de la Capitale & où les Postes doivent être montées d’un plus grand nombre de chevaux, & d’espèce & de prix bien différens, que se fera sentir l’effet de la suppression des privilèges dont jouissaient les Maîtres de Postes. Si Nosseigneurs ne s’occupent de la juste indemnité qui doit en compenser la perte, il est certain que les gens aisés qui tiennent aujourd’hui les Postes & que leur faculté mettent en état de supporter la cherté excessive des denrées & les pertes accidentelles & trop communes des chevaux, seraient forcés de quitter leur état, ils n’auraient que ce parti à prendre pour ne pas compromettre leur existence & celle de leur famille.

Pour prouver l’insuffisance de l’indemnité accordée par les pays d’États & de Cadastres, si on y bornait celle due aux Maîtres de Postes des grandes routes & des environs de Paris, les Maîtres de Postes citeront ici quelques exemples.

Les 100 liv. accordés annuellement aux Maîtres de Postes de Bretagne, étant insuffisants pour les indemniser de la non jouissance du fouage, on leur a accordé en 1774, 50 liv. par lieue, dont partie est payée par le Roi & partie payée par la Province. Les Postes y sont très-faibles & très-difficiles à soutenir, celles de Brest & l’Orient n’existent qu’au moyen d’une augmentation de traitement ; & en 1785 & 1786, le service des malles eût manqué sur la route de Brest & les Postes en auraient été abandonnées, si Sa Majesté n’avait point accordé un secours considérable & extraordinaire à chacun des Maîtres de Postes de cette route, & si on ne leur eut payé les chevaux des malles au prix de trente sols.

Les Maîtres de Postes du Dauphiné ont 75 liv. par lieue, des gages du Roi de 280 liv. & plusieurs sur la route de Lyon à Grenoble, ont en outre des gratifications fixes & annuelles sur les dégrèvements de la Province.